‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 169 sur 219 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

— Pas du tout, Pierre ; la seule chose qui me taquine est d'abandonner un si bon gite.

Nous empaquetâmes tous nos effets sans oublier nos deux couvertures , et nous attendîmes le retour de la femme. Au bout d'une heure elle rentra dans notre chambre. — J'ai , nous dit-elle , parlé à la sœur demon mari, qui demeure à deux milles d'ici, sur la route de Middelbour/^ ; elle est en ville pour le moment, car c'est jour de marché , et vous serez en sûreté dans l'endroit où elle vous cachera; je lui ai dit que c'était son frère qui la priait, sans quoi elle n'aurait pas consenti. Voyons , jeune homme , mettez ces vêtements ; je vous aiderai. Je fus de nouveau habillé en fille, et, quand ma toilette fut finie , 0 Brien éclata de rire à la vue de mes bas bleus et de mes jupons courts. — Il n'est pas mal , observa l hôtesse en me coiffant d'un petit bonnet et en me nouant sous le cou un fichu qui me cachait une partie de la figure. 0 Brien mit une grande redingotte que la femme lui donna , avec un chapeau à larges bords. — Maintenant suivez-moi tous deux! Et elle nous emmena par des rues qui étaient remplies de monde, jusqu à la place du marché où une autre femme vint nous joindre. Au bout de la place se trouvait une charrette atelée d'un petit cheval , dans laquelle l'étrangère et moi nous montâmes , tandis qu'O'Brien , suivant les instructions de l'hôtesse, prit le cVieval par la bride et le mena ainsi jusqu'aux portes de la ville. Quand nous y fumes

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arrivt'S, olie nous souhaita le bousoir à haute voix devant le factionnaii'e,et s'en alla chez elle. Le factionnaire ne lit aucune attention à nous , et voilà comment nous sortîmes de Malines. Nous roulâmes bientôt sur une jolie route pavée, droite comme une flèche , et bordée de chaque côté par de grands arbres et par un fossé. EnTespace d'une heure nous parvînmes à la ferme de la femme qui était chargée de nous. — Voyez-vous ce bois? dit-elle à O'Brien en lui montrant une masse de verdure à un quart de mille de la route. Je n'ose vous faire entrer dans la maison, mon mari en veut tant aux Anglais qui , en lui prenant sou schuyt l'ont rendu pauvre , qu'il vous dénoncerait sur-le-champ -, mais gagnez ce bois, faites du mieux que vous pourrez pour cette nuit , et je vous enverrai demain tout ce qu'il vous faudra. Adieu!... pauvre enfant, je vous plains, ajouta-t-elle en me jetant un regard de pitié, tandis qu'elle prenait avec la charrette le chemin de la ferme.

— Pierre, me dit O'Brien, je crois que son refus de nous recevoir chez elle est une preuve de sa sincérité ; par conséquent je n'en dirai pas phis long sur ce chapitre-là. D'ailleurs nous avons le flacon à l'eaude-vie pour nousrecomforter. En marche donc pour le bois ! et cependant, par le ciel et l'enfer! j'en aurai au moins pour douze ans, de ces parties sur l'herbe dont tout le monde est si enthousiaste !

— Mais O'Brien , comment vais-je sauter avec

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