‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 173 sur 219 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

du })ois au milieu duquel nous étions campés. Grande fut notre alarme, car nous cmmes qu'ils nous cherchaient , mais soudain ils tournèrent dans une autre direction et continuèrent à courir avec la même rapidité qu'auparavant. — Que diable ces gens-là font-ils donc? dis-je à O'Brien. — Je ne saurais au juste vous l'apprendre , Pierre, mais je crois qu'ils chassent, et des loutres sont le gibier que je suppose y avoir dans un lieu comme celui-ci. Je fus de la même opinion. Nous attendîmes la petite fille , mais elle ne vint pas , et après l'avoir guettée jusque fort tard , nous nous glissâmes dans notre trou et soupâmes sur le reste de nos provisions. Le lendemain , comme on doit le supposer , nous fumes très impatients de la \ oir venir , mais elle ne parut pas à l'heure que nous espérions. La nuit vint de nouveau , et nous nous couchâmes sans nous être autrement sustantés que d'un petit morceau de pain qui restait et d'un peu de genièvre que la la bouteille contenait encore. — Pierre , me dit 0 Brien , si elle ne vient pas demain matin, je verrai à prendre un parti , car je ne me soucie pas que nous mourrions ici de faim , comme ces deux bambins du conte dans leur bois , et qu'on nous trouve couverts de feuilles mortes. Si elle n'est pas venue à trois heures , je m'en vais aux provisions , et je ne pense pas courir de grandes risques , car dans ce costume j'ai autant l'air paysan qu'aucun Hollandais que ce soil.

Nous passâmes une triste nuit, car nous étions convaincus, ou que le danger était trop grand pour que nos amis pussent se hasardera nous secourir, ou que, dominés par des craintes, ils nous avaient trahis, et nous laissaient nous tirer d'embarras comme nous le pourrions. Le matin , je grimpai au faite du seul grand arbre qu'il y eût dans le taillis, et je regardai tout alentour, mais principalement du côté de la ferme appartenant à la femme qui nous avait indiqué notre retraite , mais je n'aperçus autour de moi qu'une immense étendue de pays plat couvert de neige, et de temps en temps une voiture qui passait au loin sur la route de ÎNÏiddelbourg. Je redescendis et trouvai 0 Brien qui se préparait à partir. Il était fort triste. — Pierre, me dit-il, si je suis arrêté , il vous faut , à tout risque , reprendre votre costumede fille et retourner aucabaret de Flessingue. La maîtresse du logis vous protégera, j en suis sûr, et nous renverra en Angleterre. Je n'ai besoin que de deux napoléons ; prenez tous les autres, ils vous seront utiles. Si je ne reviens pas cette nuit , partez demain pour Flessingue dès qu'il fera jour. 0 Brien resta encore quelque temps à causer avec moi , puis, quand il fut quatre heures passées, me serra la main, et sans dire mot sortit du bois. Jamais, au milieu des souffrances ou des périls qui nous avaient toujours environnés depuis l'époque où nous étions entrés dans le cachot de Toulon, je ne "m'étais trouvé aussi malheureux (|u au moment du dépjrt d'O'Drien , et

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