‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 174 sur 219 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

quand il fut à cent pas de moi je tombai à genoux et priai. Il était absent depuis deux heures, et Tobscurité s'épaississait de plus en plus, lorsque j'entendis du bruit à certaine distance. Ce bruit approcha davantage d instant en instant; tout-à-coup les broussailles craquèrent comme si on les eût écartées brusquement , et je me précipitai sous la couverture, qui était couverte de neige, dans l'espoir qu'on n'aperce\Tait pas l'entrée de notre tente ; mais, à peine m'y fus-je réfugié, que derrière moi s'y élança un énorme loup. Je poussai un cri, car je m'attendais à être mis en pièces d'une minute à l'autre; mais l'animal se coucha sur le ventre, les yeux fixes, la gueule ouverte, sa longue lingue pendante, et quoiqu'il me touchât, il était tellement épuise de fatigue qu'il ne songea pas à m'attaquer. Le bruit augmentait toujours , mais dès lors je m'aperçus qu'il devait provenir des chasseurs par qui le loup était poursuivi. Je m étais jeté sous notre tente les pieds en avant; le loup s'y était précipité, lui , la tête la première, de sorte que nous nous trouvâmes l'un à côté de l'autre, mes pieds vers sa tête, ma tête vers sa queue. Je me roulai le plus vite que je pus , et je vis à moins de deux cents toises des hommes et des chiens en pleine chasse. Je courus vers le gros arbre, mais je n'y avais pas encore gravi à six pieds de haut, quand ils arrivèrent ; les chiens s'élancèrent dans le trou, et en fort peu de temps le loup fut tué. Comme les chasseurs étaient trop affairés pour mo voir, j'avais eu, sur ces

entrefaites , le temps d'escalader le tronc de Tarbre, et je m'y étais caché le mieux que j'avais pu. Il n'y avait pas entre nous une distance de quinze toises; et j'entendis leurs exclamations de surprise lorsqu'ils levèrent la couverture et retirèrent le loup mort pour l'emporter avec eux; comme ils parlaient en hollandais, je ne pouvais comprendre leurs discours, mais j'étais certain qu ils avaient prononcé le mot a Anglais. » Chasseurs et chiens quittèrent le taillis , et j'allais redescendre de mon arbre quand l'un d'eux arracha les couvertures , les roula ensemble et les emporta avec lui. Heureusement, à la faible clarté que jetait la lune, il n'aperçut pas nos valises. J'attendis quelque temps et je descendis alors. Je ne savais que faire. Si je ne restais pas dans le bois et qu'O'Brien y revint, que penserait-il. Si je restais , à coup sûr, je serais mort de froid avant le matin. Je cherchai nos valises et m'aperçus que dans la lutte entre les chiens et le loup , elles avaient été ensevelies sous les feuilles. Je me rappelai l'avis d'O'Brien, et m'affublai de mon costume de fdle, mais je ne pus me décider à reprendre le chemin de Flessingue. Je résolus donc de me diriger vers la ferme , car elle était située prés de la route , et je devais avoir ainsi chance de rencontrer 0 Brien. J'y arrivai bientôt et je rôdai alentour quelque temps , mais portes et fenêtres étaient toutes fermées, et je n'osai pas frapper après ce que la femme nous avait avoué de la rancune de son mari contre les Anglais. Enfin , à force

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