‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 175 sur 219 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

de toujours et toujours tourner, faute de savoir à quoi me résoudre ,' je crus voir au loin une forme humaine qui se mouvait dans la direction du taillis. Je m'attachai à ses traces et je vis qu'elle y entrait. J'avançai alors avec beaucoup de précaution , car quoique je pensasse que ce devait être O'Brien , cependant il se pouvait que ce fût un des chasseurs qui cherchât de nouveau gibier. Mais j'entendis bientôt la voix d'O'Brien , et je courus de son côté. Je parvins jusqu'à lui sans qu'il s'en aperçût, et je le trouvai assis par terre, la figure cachée dans ses deux mains : — 0 Pierre, mon pauvre Pierre, s'écriait t-il, aurait-on fini par vous arrêter? iSe pouvais-je pas impunément m'éloigner une demi-heure de vous? Hélas ! pourquoi vous ai-je quitté seulement une minute? Mon pauvre, mon pauvre Pierre, vous étiez un peu simple, à coup sûr, et c'était par cette raison là que je vous aimais tant; mais, Pierre, j'eusse fait un homme de vous , car il y avait bien certainement létofTe d'un homme, et d'un grand homme encore. Où maintenant irai-je vous prendre, Pierre? Où iraije maintenant vous chercher ? Maintenant, Pierre, vous êtes cloitré sous de bonnes serrures , et toute la peine que je me suis donnée est perdue. Mais on me cloitrera aussi , Pierre. Où vous êtes, là je serai ; et si nous ne pouvons retourner en AngleteiTc, eh bien ! alors ce sera à cet ignoble trou de Givet qu'ensemble nous retournerons. Ilélas ! hélas! — 0 Brien cessa de parler, mais fondit en larmes. Je fus vivement

T. I. PIEllRt SIMPLE. 22

ému de cette preuve du sincère attachement d' O'Brien pour moi; je m'approchai donc de lui et je le serrai dans mes bras. 0 Brien me regarda fixement. — Qui êtes-vous , vieux laideron de Hollande ? s'écria-t-il d'abord, car il avait, en ce moment, tout à fait oublié mon costume de femme; puis, sa mémoire revenant, il me pressa sur son cœur. — Pierre, reprit-il , c'est autant qu'il vous est possible sous la forme d'un ange , puisque c'est sous la forme d'une femme que vous venez me consoler ; et, à dire vrai , j'avais bien besoin de consolation, car j'éprouvais une amère douleur de ne pas vous retrouver ici , et de m'apercevoir que par-dessus le marché les couvertures avaient disparu. Que s'est-il donc passé en mon absence ? Je lui expliquai tout en aussi peu de mots que je pus.

— Eh bien ! Pierre , je suis heureux de vous retrouver sain et sauf, mais plus heureux encore de voir que je puis me fier à vous quand il m'arrive de vous quitter, car on ne pouvait se conduire avec plus de prudence ; je vous dirai maintenant ce que j'ai fait, pas grand' chose , comme vous allez voir. Je sa- vais qu'il n'y avait aucune auberge entre nous et Flessingue, ce à quoi j'avais eu soin de faire attention en chemin; jai donc pris la route de Middelbourg, et je n'en ai trouvé qu'une , qui était pleine de soldats. J'ai passé outre et je n'en ai pas trouvé d'autre. Lorsque je repassais devant l'unique auboi'ge, un des soldats en est sorti comme pour m'ac-

Page 1