‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 176 sur 219 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

coster, mais j'ai eu l'air de ne pas m en apercevoir. 11 s'est mis alors à me suivre et, bientôt à accélérer son pas. J'ai aussi accéléré le mien , car je craignais un malheur. Enfin , il m'a lattrapé et m'a adressé la parole en hollandais. Comme je ne lui répondais pas, il m'a empoigné à la gorge, mais alors j'ai jugé convenable de prétendre que j'étais sourd et muet. J'ai porté le doigt à ma bouche avec un — Oh ! oh ! — guttural, puis à mes oreilles, et j'ai secoué la tête. Le drôle n"a pas été convaincu et a marmotté une phrase où j ai cru distinguer qu'il était question d'anglais. J'ai tout de suite reconnu qu'il n'y avait pas de temps à perda^e ; je suis donc parti d'un long éclat de rire, et ensuite je me suis arrêté. Il a voulu m'entrainer de force, mais je lui ai donné un crocen-jambe , et il est tombé sur la glace en se cognant la tète si fort que je doute qu'il ait maintenant repris connaissance. Le laissant étendu tout de son long, je me suis hâté de revenir ici, et voilà comment je ne rapporte pas au petit Pieii-e de quoi apaiser les cris de son pauvre estomac. Mais, Pierre, quel plan allons-nous suivre maintenant, car de la bouche des bambins sort, dit-on, la sagesse, quoique je n'aie jamais vu sortir de leur bouche que de la bave. Ce^ pendant , peut-être serai-je plus heureux cette fois, car, Pierre, vous n'êtes qu'un bambin.

D'une jolie taille , O'Brien , quoique je n'aie pas tout-à-fait celle du bambin de FinAal , dont vous m'avez un jour conté l'histoire. Voici mon avis :

allons , à tout hasard , trouver la fermière. Elle nous a déjà aidés une fois; peut-être sera-t-elle disposée à nous aider encore. Si elle refuse , nous p-ap-nerons Flessinaue, et tenterons la fortune.

— En vérité , dit O'Brien , après un instant de réflexion , je crois que nous ne pouvons rien faire de mieux. Ainsi , partons. Nous prîmes le chemin de la ferme, et comme nous atteignions la porte, nous aperçûmes le gros dogue. Je fis un bond en arrière ; O'Brien s'avança hardiment. — C'est un chien rempli d'intelligence et il peut nous reconnaître. Je vais m'approcher de lui , me dit O'Brien qui ne s'était pas arrêté pendant qu'il me parlait, et lui mettre la main sur la tête , le caresser. S'il se jette sur moi , ma position n'en sera guère plus critique qu'auparavant; car soyez sur qu'il ne nous permettrait pas de nous retirer. O'Brien , sur ces entrefaites , s'était approché du chien qui le regardait fixement et avec colère. Il lui caressa la tête; le chien grogna , mais O'Brien lui passa le bras autour du cou , le caressa de plus belle , siffla pour l'apaiser , et se dirigea vers la porte de la ferme. J^e chien le suivit silencieusement, mais de près. O'Brien frappa, et la porte fut ouverte par la petite fille ; le dogue s'avança vers sa jeune maîtresse , puis se retourna en regardant O'Brien , comme pour dire : — Doitil entrer .' L'enfant parla au chien et pénétra dans la maison. Pendant son absence , le dogue se coucha sur le seuil. Au bout de quelques secondes, la

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