‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 18 sur 219 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

J'apprends à jeun, par une froide matinée, comment on soutient le feu, et je prouve ainsi mon courage. — Après déjeuner, je prouve également ma galanterie. — ■ On n'approuve point ma façon de la prouver. — Les femmes sont pour quelque chose dans tous les malheurs. — Celle-ci me fait perdre ma liberté, et celle-là me prend ma monnaie.

Lorsque je commençai à ouvrir les yeux le matin suivant, je ne pus m'imaginer d'où venait que je sentisse comme un poids sur ma poitrine; mais, à force de rappeler et de réunir mes idées éparses, je me souvins que dans une heure ou deux il serait décidé si j'existerais un jour de plus. Je priai avec ferveur, et formai à part moi, de crainte d'avoir le sang d'un autre homme sur la conscience, la résolution de décharger mon pistolet en l'air. Après l'avoir prise, je ne me sentis plus épouvanté, comme je l'étais auparavant. J'allais m'habiller, quand l'aspirant qui s'était offert pour me servir de second entra dans ma chambre, et m'informa que l'affaire se viderait dans le jardin, derrière l'auberge, que mon adversaire tirait admirablement , et que je devais m'attendre à perdre une aile, sinon le goût du pain.

— Et quelle différence y a-t-il de l'un à l'autre? demandai-je. Non seulement je ne me suis jamais battu en duel, mais je n'ai pas même tiré un pistolet de ma vie.

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