CHAPITRE XXVI
Monlpellier. Un garçon extrêmement distingué dans sa tournure, extrêmement bien mis, n'est-ce pas?
— Ma foi ! je ne saurais dire que son air fût comme il faut , et même je suis mauvais juge en pareille matière. Quant à la mise, il aurait certes dû se bien mettre , mais il n'en a jamais rien fait pendant tout le temps qu'il est resté à mon bord. Son père est mon tailleur, et je ne l'ai pris comme aspirant que pour régler un petit compte entre nous.
— J'aurais parié quelque chose de semblable ! répartit O'Brien.
Il n'en dit pas davantage, et j'en fus ravi , car le lieutenant aurait pu se fâcher de notre conduite à l'égard de l'individu en question.
— Quand comptez-vous rentrer au poit? demanda 0 Brien ; car nous étions impatients de remettre le pied sur le sol de la vieille Angleterre. Le lieutenant répondit que sa croisière était presque terminée^ que d'ailleurs il regardait notre rencontre comme une raison bien suffisante pour qu'il regagnât directement la côte^ et quil se proposait de gouverner en conséquence dés que les hommes de l'équipage auraient diné. Cette nouvelle nous transporta de joie, mais nous fûmes encore plus joyeux, au bout d'une demi heure, de voir mettre à exécution le projet annoncé.
Trois jours après nous jetâmes l'ancre à Spithead, et nous nous rendîmes à terre avec le lieutenant pour instruire l'amiral de notre retour. Oh! avec
quelle allégresse je remis le pied sur la digue de Sallyport, et comme ensuite je me hâtai de jeter à la poste une longue lettre que j'avais écrite à ma mère. Au lieu de nous présenter chez Tamiral lui-même , nous n'allâmes que dans les bureaux de l'amirauté donner avis de notre évasion; car notre toilette n'était réellement pas présentable. Mais nous nous adressâmes au tailleur le plus en vogue , et il nous promit que le lendemain matin tout notre équipement serait confectionné. Nous commandâmes aussi, outre des chapeaux neufs, tout ce dont nous avions besoin , et nous primes un logement à l'auberge de la Fontaine. O'Brien refusa de loger aux Poteaux- Bleus, attendu que ce n'était qu'un repaire d'aspirants. Le matin suivant, dés onze heures, nous fûmes prêts à paraître devant l'amiral, qui nous reçut fort amicalement et nous invita à diner ; comme je ne voulais pas partir pour la maison paternelle avant d'avoir reçu une réponse de ma mère , nous acceptâmes, bien entendu, cette invitation.
Il y avait une nombreuse compagnie d'officiers de marine et de belles dames qu'O'Brien amusa beaucoup pendant tout le repas. Quand les dames se levèrent de table , la femme de l'amiral m'engagea à les suivre ; dès que nous fûmes arrivés dans le salon, elles se rangèrent toutes en cercle autour de moi; il me fallut leur conter en détail mes aventures , et j'eus le bonheur de divertir et d'intéresser tour à tour mon auditoire. Dans la matinée du lendemain ,