CHAPITRE XXVI
je reçus une lettre de ma mère, une tendre et afl'ectueuse lettre où elle me priait d'arriver le plus vite possible et d'amener avec moi mon sauveur O'Brien. Je la fis lire à O'Brien , et je lui demandai s'il ne m'accompagnerait pas.
— Auparavant, Pierre, me répondit-il, j'ai une petite affaire de quelque importance à régler; c'est d'obtenir mon arriéré de solde et certaines parts de prises qui se trouvent m'étre dues. Ce point là une fois arrangé, il faut que j'aille à Londres présenter mes respects au premier lord de l'amirauté; mais ensuite^ mon garçon , j'irai voir votre papa et votre maman ; car jusqu'à ce que je sache comment tourneront les choses et si je pourrai avoir quelque argent de reste dans le gousset, je ne désire pas visiter ma propre famille. Donnez -moi donc votre adresse, et soyez sur de ma visite ; ne fût - ce que pour régler mes comptes avec vous, car je suis terriblement votre débiteur.
Je touchai une traite que m'avait envoyée mon père, et dans la nuit je montai en diligence. Le lendemain au soir, j'arrivai sain et sauf à la maison; mais je laisserai le lecteur se figurer la scène. Ma mère m'avait toujours chéri, et les circonstances m'avaient donné de la considération aux yeux de mon père ; car j'étais alors son seul fils, et ses perspectives de l'avenir avaient beaucoup changé depuis l'époque de mon départ. Une semaine après environ, O'Brien, qui avait terminé toutes ses affaires, me re-
joignit ; son premier soin fut de balancer avec mon père sa part de nos dépenses, et il insista même pour lui rembourser une moitié des cinquante napoléons que m'avait donnés Céleste ; car avant l'arrivée d'O Brien nous avions fait passer cette somme à un banquier de Paris avec une lettre de mon père pour le colonel , lettre où il le remerciait de manière à ne le compromettre en rien, et une autre de moi pour la chère petite Céleste. Quand OBrien eut passé une huitaine dans ma famille , il nous annonça qu'il lui restait cent soixante livres sterling dans sa poche, et qu'il avait l'intention d'aller voir ses parents ; car il était sur d v être bien venu , même par le révérend Mac Grath. — Je compte passer à peu prés quinze jours avec eux, ajouta-t-il; je reviendrai ensuite; car je solliciterai de l'emploi. Alors, Pierre, vous rentrerez sous ma protection.
— 0 Brien, m'écriai -je, je veux, s'il m'est possible, ne quitter jamais ni vous ni votre vaisseau.
— C'est parler avec sens, Pierre. Eh bien ! sachez qu'on ma promis incessamment de l'emploi , et dès qu'on me tiendra cette promesse je vous en instruirai.
0 Brien prit congé de ma famille où déjà on le chérissait beaucoup , et partit dans l'après-diner pour Holvhead. Mon père ne me traita plus comme un enfant; au fait , c'eût été une injustice qu'il le fit encore. Je ne prétends pas dire que j'étais un bien habile garçon ; mais j'avais en peu de temps, beau-