CHAPITRE XXVI
Nous passâmes dix jours chez mon grand-père, et pendant ces dix jours , il lui arriva souvent , après déjeuner, de me retenir deux heures pour écouter le récit de mes aventures. Je crois réellement qu'il prit de TalTection pour moi. — Enfant, me dit-il, la veille de mon départ, vous partez demain; or, ditesmoi ce que vous désirez, car je voudrais vous donner un gage de tendresse. N'ayez pas peur; que sera-ce ? une montre et des cachets, ou...? Enfin ce qui doit vous plaire le mieux.
— ÎNIiiord , répondis-je, si vous voulez bien m'accorder une faveur , priez le premier loixl de l'amirauté qu'il donne de l'emploi au lieutenant O'Brien à bord d'une belle frégate, et demandez-lui en même temps pour moi une place d aspirant.
— 0 Brien ! répliqua sa seigneurie. Eh ! je me rappelle, c'est le compagnon avec qui vous êtes sorti de France , et qui paraît, d'après vos récits, vous avoir tant témoigné de dévouement. Je suis charmé de votre demande , mon enfant , et elle vous sera accoixlée.
Sa seigneurie me pria alors de lui avancer l'écritoire , rédigea ime requête dans le but que j'avais énoncé , cacheta la lettre , et me promit de m'envover la réponse. Le lendemain quand nous quittâmes Eagle-Park , lord Privilège souhaita le bonjour à mon père en lui offrant deux doigts et en ne m'en présentant qu un, comme l'autre fois; mais
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il me dît : — Je suis enchanté de vous, mon enfant; vous pouvez m'écrire quelquefois.
Lorsque nous fûmes sur la route , mon père s'écria que j'avais plus fait de progrés dans les bonnes grâces de mon aïeul , qu'il ne se souvenait avoir jamais \ti personne en faire. — L'autorisation qu'il vous accorde de lui écrire vous vaut pour le moins dix mille livres sur son testament; car jamais il ne trompe personne , jamais il ne change d idée. — J'aimerais beaucoup voir les dix milles Hatcs, répondis-je, mais je ne suis pas si présomptueux.
Peu de jours après que nous eûmes regagné la maison, je reçus un envoi de lord Privilège. C était une lettredu premier lord de l'amirauté à laquelle il avait lui-même joint un billet dont voici le contenu :
0 Mon cher enfant , je vous expédie la réponse de lord ^'<''*' , et j'espère qu'elle vous satisfera. Mes compliments à votre famille.
Votre grand-père. P rivilége. »
La lettre en question annonçait qu'O'Brien venait d'être attaché , comme lieutenant , à la frégate le Sanglier et que j'étais moi-même admis sur le même navire en qualité d'aspirant. Je fus ravi de pouvoir envoyer une semblable lettre à O'Brien , qui m'en accusa réception : peu de jours après, il me remercia et m'apprit qu'il avait reçu sa nomination, que je n'avais pas besoin de me rendre à bord avant un mois, parce qu'on radoub:iit la frégate, mais que si mes pn rents étaient las de moi, ce qui arrivait même