‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 189 sur 219 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

la revue de ses cochons avec le boucher; il tàte les reins de l'un, il gratte l'oreille galeuse de l'autre , et puis il les chasse ; ici ses cochons à lard , là ses cochonnets qui ne tètent plus, ailleurs ses truies nourrices, et ainsi de suite. Le vieux verrat, de qui sont innées toutes les générations actuellement existantes, est encore dans l'ëtable de cette auberge; mais j'ai ouï dire qu'il viendra à bord avec l'ordre de mettre à la voile ; il est fort sauvage, et voilà pourquoi on le laisse à terre jusqu'au dernier moment. Vrai, Pierre, avec les grognements des cochons du mari et le piano de la femme il y a de quoi devenir fou. Je ne sais quel est le pire des deux ; allez-vous à l'arriére ? vous entendez l'un ; allez-vous à l'avant? vous entendez l'autre, pour varier; et, disent-ils, c'est charmant. Mais n'est-il pas honteux qu'une si belle frégate soit convertie en un toit à cochons, et que l'entre-pont sente plus mauvais qu'un trou à fumier?

— Dites-moi , est-ce que sa femme approuve l'idée de ne vivre que de cochon ?

Elle î Dieu vous bénisse , Pierre ! ma foi , elle parait aussi maigre qu'un requin , et elle en a tout l'appétit , car elle expédierait une pièce de porc du poids de quatre livres avant qu'on la lui eût mise dans son assiette.

Avez-vous encore de ces jolies nouvelles-là à m'apprendre, O'Brien?

— Non, Pierre; je vous ai dit ce qu'il y avait de pire. Les lieutenants sont d'habiles olFiciers et de

bons camarades ; le docteur est un peu enclin au sarcasme , et le munitionnaire se croit fort spirituel ; le maître de l'équipage est un vieillard du nord qui connait son métier et qui boit son verre de grog avec plaisir; les aspirants sont une bande de jeunes gens distingués, pleins de malice et d'espièglerie. Je parierais qu'avant peu il se jouera quelque farce dans les étables à cochon , car Tenvie de faire le mal les démange fort. Maintenant , Pierre , j'ai à peine besoin de vous dire que ma cabine avec tout ce que je possède est à votive service; car je crois que si nous pouvons seulement avoir un coup de vent soigné ou une action un peu chaude , pour lancer les cochons à la mer et briser le piano, nous ferions bien de ne pas en laisser échapper l'occasion.

Le jour suivant j'allai à bord, et j'eus à descendre dans la cabine pour qu'on y constatât mon arrivée. Madame To , grande femme maigre , était à son • piano ; elle se leva, et m'adressa diverses questions : Qu étaient mes parents ? quelle somme annuelle me donnaient-ils? et beaucoup d'autres , que je trouvais toutes fort impertinentes ; mais il est permis à la femme d'un capitaine de prendre des libertés. Elle me demanda ensuite si j'aimais la musique. C'était une question embarrassante; cai' , si je disais oui , je serais probablement obligé d'en entendre bien des fois; et si je disais non , j'allais me faire une ennemie mortelle. Je répondis donc que j'étais passionné pour la musique, mais à terre, lorsqu'elle

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