‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 190 sur 219 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

n'était pas troublée par d'autres bruits. — Oh ! alors je vois que vous êtes un véritable amateur, M. Simple , répliqua la dame. Sur ces entrefaites, le capitaine To sortit , à demi velu, de i'arriére-cabine. — Eh bien I jeune homme ^ vous êtes donc enfin des nôtres? Venez aujourd'hui diner avec nous, et en vous rendant à votre case , priez la sentinelle de dire un mot au boucher, car j'ai besoin de m'entretenir avec lui.

Je saluai et me retirai. Je reçus alors l'accueil le plus amical des ofliciers et des aspirants qui avaient été prévenus en ma faveur par O'Brien avant mon arrivée. Dans la marine on rencontre toujours les jeunes gens des meilleures familles, à bord des grosses frégates , car elles sont regardées en quelque sorte comme des bâtiments d'élite. Je trouvai mes camarades tous gentilshommes , sauf une ou deux exceptions , mais je ne vis nulle part tant de véritables lutins réunis. Je m'attablai avec eux et mangeai un morceau ; car quoique je dusse diner dans la cabine , l'air de la mer m'avait donné de l'appétit.

— Simple; me dit l'aspirant préposé aux vivres , ne dinez-vous pas avec le capitaine?

— Oui, répondis-je.

— Allons, mon garçon, ne mangez pas de porc maintenant, car vous n'en manquerez pas tantôt. Allons, messieui'S, remplissez vos veries^ nous allons boire au bonheur de notre nouveau camarade : et

boire à son bonheur , c'est prendre l'engagement d'y contribuer de tout notre pouvoir.

— Je veux trinquer avec vous , dit O'Brien qui entra dans le poste des aspirants. Mais , que buvezvous là ?

— Du porto , monsieur. iMousse, un verre pour M. O'Brien.

— A votre santé, Pierre, et puissiez-vous pendant cette croisière-ci ne pas retourner voir une prison française! M. Montague, comme préposé aux vivres, je vous demanderai une chandelle de plus afin d'examiner ce quil y a sur la table , et alors peutêtre trouverai-je quelque chose que je ne serai pas fâché de mettre sous ma dent.

— Voici le bout d'une cuisse de mouton , INI. O'Brien, et voilà un morceau de porc bouilli.

— Alors, ayez la complaisance de me couper le morceau qui avoisine le jarret. Pierre , vous dinez dans la cabine, moi aussi. Le docteur a refusé.

— Avez-vous entendu dire quand nous mettrions à la voile, M. O'Brien ? demanda un de mes camarades.

— J'ai su dans les bureaux de l'amiral que peutêtre serions-nous envoyé à Plymouth, et que là nous recevrions nos ordres , pour les Indes- Orientales ou Occidentales, croit-on. Au fait , les approvisionnements que nous avons pris à bord indiquent que nous sortirons d'Europe ; mais un signal vient

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