CHAPITRE XXVII
d'être fait au capitaine, et probablement l'amiral lui communiquera des nouvelles.
Une heure après environ, le capitaine revint , les joues pourpres et Vair bouleversé. Il emmena le premier lieutenant à quelque distance des autres officiers qui étaient sur le pont, pour le recevoir, et lui annonça que nous devions partir le matin suivant pour Plymouth. De plus , l'amiral lui avait confidentiellement dit que nous irions dans les Indes Occidentales avec un convoi qui se réunissait alors. M. To semblait considérablement alarmé de la perspective d'aller servir de pâture aux crabes, et certes son excessif embonpoint le rendait fort impropre au climat des contrées où l'on nous envoyait. Les nouvelles se répandirent bientôt d'une extrémité à l'autre de la frégate, et ce furent partout des préparatifs , partout du bruit. Le docteur , qui avait refusé de dîner dans la cabine sous prétexte d'une indisposition, envoya dire que se sentant beaucoup mieux , il aurait grand plaisir d'être du nombre des convives ; et, en effet, comme nous entrions chez le capitaine , le premier lieutenant, O'Brien et moi , il y arriva. On se mit à table , on découvrit les plats, et comme les aspirants me l'avaient prédit , nous eûmes du cochon à toutes les sauces. Un soi-disant potage à la tortue, fait avec une tête de cochon; une jambe de cochon bouillie, sur de la purée de pois ; une côte de cochon rôtie, avec du rissolé ; des saucisses sur des pommcs-de-terre ; enfin, des pieds de cochon.
tel fut le premier service. Je commettrais un mensonge si je disais que je ne le trouvai pas de mon goût; au contraire, je mangeai de bon cœur; mais un cochon de lait rôti arriva seul pour second service, ce qui m'étonna passablement ; et ce qui m"ctonna encore davantage , fut la quantité de viande que madame To consomma. Du cochon bouilli elle passa au cochon rôti, demanda quelques pieds de cochon , goûta aux saucisses , et termina par une énorme assiettée de cochon de lait et de la garniture dont il était farci. Nous eûmes une tarte aux pommes pour finir, mais comme nous avions déjà mangé de la sauce aux pommes avec le porc rôti , nous n'y fîmes pas grand tort. Le docteur, qui cependant abhorrait le cochon, mangea assez bien et se montra rempli de politesse pour Madame To.
— Ne prendrez- vous pas un morceau de cochon rôti, docteur? dit le capitaine.
— Ma foi I capitaine To , répliqua le docteur , puisque nous devons, au dire de tout le monde, nous en aller dans un pays où il ne faudra point nous risquer à manger du cochon , et que je Taime passionnément, je crois que j'en accepterais encore une tranche volontiers.
— Que voulez vous donc dire? demandèrent tous deux à la fois le capitaine et sa femme.
— Peut-être ai-je été mal informé , répliqua le docteur, mais j'ai entendu dire qu'on nous envoyait dans les Indes Occidentales ; or , s'il en est ainsi ,