‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 195 sur 219 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Nous sommes débarrassés des cochons el du piano. — Dernière chaloupe qui se rende à terre avant qu'on ne mette à la voile. — Trop grande précipitation du premier lieutenant ; conséquences qu'elle a pour moi.

Nous attendimes trois jours, et ce terme expiré, le bruitcourutquelecapitaineToallait changer de frégate avec le capitaine Savage. Nous n'osâmes croire à de si bonnes nouvelles, et nous ne pûmes en constater l'exactitude, car le capitaine s'était rendu prés de madame To, qui se remit vite dés qu'elle fut hors des mains du docteur, et si vite même, qu'une semaine après, lors qu'on demanda au munitionnaire, de retour à bord, comment allait madame To : — Eh ! mais, à merveille, répondit-il , elle a mangé tout un cochon depuis qu'elle a quitté le navire. Du reste, le bruit se Irouva vrai ; le capitaine To, effrayé d'un voyage aux Indes Occidentales , avait effectué un échange avec le capitaine Savage. Le capitaine Savage , comme c'était l'habitude , eut la permission d'amener avec lui son premier lieutenant, son contre-maitre, de l'équipage de sa barge. Il rejoignit un jour ou deux avant que nous missions à la voile, et jamais il n'y eût davantage de joie à bord ; les seuls malheureux furent le premier lieutenant et ceux des officiers ou matelots du sanglier qui sévirent obligés de suivre le capitaine To, dont nous fûmes débarrassés, ainsi que de sa

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femme , de son piano et de ses cochons , dans le courant d'un apiés-diner.

J'ai déjà décrit un jour de paie à bord d'un vaisseau de guerre, mais je crois que les deux jours qui précèdent celui où l'on met à la voile sont encore plus désagréables ; et ce , quoique , généralement parlant , comme nous n'avons plus un denier dans nos poches , nous ne sovions pas fâchés quand une fois nous sommes sortis du port et que nous nous retrouvons dans « l'eau bleue. » Les marins ne travaillent jamais avec ardeur ces jours-là; ils songent à leurs femmes et à leurs maîtresses, au plaisir qu'ils avaient d'être en liberté à terre, où ils pouvaient s'y enivrer impunément ; et la plupart d'entre eux sont alors à moitié ivres ou bien souffrent des suites d'une récente ivresse. Le désordre régne sur le vaisseau; il est encombré de toutes sortes d'objets d'approvisionnements qu'on se hâte de porter à bord, et qui n'ont pas encore pu être convenablement emmagasinés. Le premier lieutenant est de mauvaise humeur, les officiers ont l'air grave , et les pauvres aspirants , avec toutes leurs petites précautions particulières à prendre , sont harassés , mais n'en trottent pas moins comme des chevaux de poste. — M. Simple , me demanda M. Falcon, d'où venez-vous.^

— Du magasin d'artillerie , monsieur , où je m'occupais des affûts de rechange et des culottes de nos canons.

— Fort bien. Envoyez à l'arrière quelques soldats

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