‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 197 sur 219 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

jurons, ni sans de nombreux coups que les hommes de l'avant donnèrent avec la pointe de leurs crocs dans les barques du tirage pour les écarter de notre chemin, que nous parvînmes à gagner nous-mêmes le bord. L'officier des troupes de marine et tous les intendants quittèrent aussitôt la chaloupe, et j'eus à surveiller les gens de l'équipage. Trois minutes ne s'étaient pas écoulées qu'un homme de l'avant me dit que sa femme était sur le quai avec ses hardes de la lessive , et me demanda à aller les chercher. Je refusai en lui disant qu'elle pouvait les lui apporter elle-même. — Âh! bien , par exemple , M. Simple, cria la femme , vous êtes joliment galant pour les dames, de vouloir que je cherche mon chemin parmi ces chiens morts, ces trognons de choux, et ces têtes de harengs qui infectent, avec mes souliers neufs et mes bas blancs! Je la regardai, et sur ma foi! elle était , comme on dit en France , bien chaussée. — Allons, M. Simple, continua-t-elle , laissez-le venir prendre son linge, et vous verrez qu'il sera revenu dans un moment. Il m'en coûta de refuser une seconde fois, car la berge était fort sale, fort mouillée, et couverte de tout ce qu'elle avait dit. Le matelot de l'avant sauta à terre au moyen de son croc, le rejeta dans la chaloupe, monta vers sa femme , et se mit à ramer avec elle, tandis que je l'observais. — S'il vous plait, monsieur, dit un auti'c matelot, voici ma jeune femme qui descend , ne puis-je lui parler un pei^? Je me letournai et répondis par un refus.

Il me pria, me supplia; je fus inflexible, mais quand de nouveau je cherchai des yeux l'homme de l'avant, lui et sa femme avaient disparu. — Là I dis-je au quartier-maitre, je my attendais ! Vous voyez, Hickman est déguerpi.

— Il est seulement allé boire le coup du départ , monsieur, répliqua le quartier-maitre, et va revenir dans un instant.

— Je le souhaite , mais je ne Tespére pas. — Je résistai dés lors à toutes les sollicitations que m'adressèrent les matelots pour quitter la chaloupe , mais je permis qu'on apportât de la bière. L'intendant de la chambre-aux-armes arriva peu après avec un panier d'écouets tendres , c'est-à-dire de pains frais , et me pria de la part de l'oflicier des troupes de marine , de laisser deux matelots monter en ville avec lui pour rapporter différentes provisions. Je laissai partir les deux matelots, et dis à l'intendant, s'il rencontrait Hickman, de le ramener à la chaloupe.

Pendant ce temps-là , beaucoup de femmes dont les maris appartenaient au Sanglier, se réunirent et entamèrent une bruyante conversation avec l'équipag;^. L'une apportait un objet pour Tim ^ l'autrp d(^s ha.]^des pour Bill j. plusieurs d'entre plies , s'approchaient .de la (^halqupe j ,y moiiti^i;^nt et & asseyaient avec les matelots; il y en avait- toujours qui allaient et venajent, apportant du t^djac ou de la bièr,e q^ue leurs maris leur envoyaient acheter. La foule, le bruit, la

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