‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 198 sur 219 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

confusion, étaient si grands, que j'avais beaucoup de peine à tenir les yeux sur tous mes gens , qui , l'un après l'autre , cherchaient à s'évader. Sur ces entrefaites parut le sergent des troupes de marine , avec trois de nos hommes qu'il avait pinces , mais qui étaient ivres-morts. Ils furent jetés dans la chaloupe, et augmentèrent encore mon embarras, car obligé comme je l'étais de regarder continuellement ces tapageurs qui tentaientde s'évader par force, je ne pouvais plus surveiller aussi bien ceux qui avaient toute leur raison. Le sergent s'en retourna alors chercher un autre homme, et je lui recommandai aussi Hickman. Environ une demi-heure après , l'intendant revint avec les deux matelots , chargés de choux , de paniers dœufs , de bottes d'oignons , d'ustensiles de faïence, de sacs d'épiceries, de jambes et d'épaules de mouton , qui encombrèrent à tel point la chaloupe, que non seulement les écoutes de l'arrière , mais tout le dessous des bancs où se placent les rameurs, étaient pleins. Ils me dirent qu'ils avaient encore quelques petites choses à apporter, mais que comme l 'officier des troupes de marine était allé voir sa femme à Sternhouse , ils seraient revenus long-temps avant lui. Une autre demi-heure après, et dans l'intervalle , j eus la plus grande peine du monde à contenir l'équipage de la chaloupe ; ils revinrent avec une douzaine d'oies et deux canards, attachés par- les pattes, mais sans les deux matelots, qui leur avaient échappe; de sorte qu'il me manquait

alors trois hommes, et je savais que INI. Falcon serait fort en colère , car c'étaient trois des meilleurs marins du vaisseau. JNIe déterminant à ne pas courir le risque d'en perdre un plus grand nombre, j'ordonnai à l'équipage de la chaloupe de prendre les rames pour la conduire devant certain endroit du quai où l'abordage était impossible. Ils se montrèrent mutins, murmurèrent beaucoup et faillirent ne pas m'obéir; le fait est qu'ils avaient copieusement bu et que quelques-uns d'entre eux étaient plus qu'à moitié ivres. A la fui , cependant , je fus obéi , mais non sans être salué dune grêle d'injures par les femmes, et d'une pluie de malédictions par les hommes appartenant aux bateaux et aux chaloupes côlières que les houles faisaient heurter contre les flancs de notre embarcation. Le temps était devenu beaucoup plus mauvais et paraissait fort menaçant. J'attendis encore une heure , et alors le sergent des troupes de marine revint avec deux autres hommes, dont un, à ma grande joie , était Hickman. En le voyant , je me consolai un peu , car je n'étais pas positivement responsable des deux matelots que j'avais donnés à l'intendant; toutefois, je fus encore bien tourmenté de la tumultueuse et insolente conduite des gens de l'équipage et des divers matelots que le sergent des troupes de marine avait pinces. Il y en eut un qui tomba à la renverse sur un panier d'œufs et qui les écrasa tous ; encore l'officier ne revenait pas, et la nuit approchait. Comme la marée

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