‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 20 sur 219 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

je nie voyais oiîicier au service du roi , je uïiais pas il est vrai bien haut en grade , mais encore étais-je officier et gentilhomme, et je me promettais bien de soutenir ma réputation à ce double titre, quoiqu'on me regardât comme le niais le plus fieffé de la famille.

J'étais arrivé en face dun endroit qu'on appelle Sally-Port, quand une jeune dame fort joliment mise vint me regarder sous le nez. — Eh bien ! aspirant, me dit-elle , comment étes-vous en savon ^ — Je vous remercie, répondis-je, je suis très bien monté; j'en ai quatre pains de Windsor et deux briques de jaune pour le blanchissage. î\Ia réponse la fit rire, elle rae demanda si je voulais venir chez elle pour y faire un petit diner. Je fus étonné de cette politesse que j'attribuai à mon uniforme plutôt qu à mon propre mérite ; et comme je ne me sentais aucune envie de refuser un pareil honneur, je répondis que ce serait avec beaucoup de joie. Je crus pouvoir m'aventui'er à oftVir mon bras, qui fut accepté, et nous remontâmes High-Street pour gagner sa demeure.

Au moment que nous passâmes devant Ihôtel de l'amirauté, j'aperçus mon capitaine qui rentrait avec deux des filles de l'amiral. Je ne fus pas peu vain de lui faire voir que j'avais moi aussi des connaissances dans le beau sexe, et lorsque je le dépassai avec ma jeune dame sous le bras, j'ôtai mon chapeau et tirai une profonde révérence. A mon extrême surprise, non seulement il ne me rendit pas mon salut , mais me regarda d'un air fort courroucé. J'en conclus que

c'était un homme très fiei-, et qui ne voulait pas que les filles de Vamiral supposassent qu'il connaissait des aspirants de vue; mais, avant que j'eusse fixé mon opinion sur ce sujet, le capitaine reconduisit ses dames à Ihôtel de leur père, et m'envoya prier par un commissionnaiie de me rendre aussitôt chez lui , à l'auberge Georges qui se trouvait presque en face.

Je fis des excuses à ma jolie compagne et promis de revenir sur-le-champ si elle voulait m'attendre ; mais elle répliqua que si c'était mon capitaine , elle avait dans 1 idée que j'aurais une rude semonce etserais envoyé à bord. INIe souhaitant donc le bonjour, elle me quitta et poursuivit son chemin vers sa demeure. Je ne pouvais pas plus comprendre tout cela que pourquoi le capitaine m avait eu l'air si froid quand j'avais passé devant lui; mais j'en eus 1 explication lors que je l'eus rejoint dans la salle de l'auberge. — Je suis peiné , M. Simple , dit-il en me voyant , qu'un garçon comme vous montre de si bonne hernie des symptômes de dépravation, et principalement , n'ait pas la pudeur dont les plus endurcis ne sont pas tout-à-iait dépourvus ; je veux dire, qu'il cesse de se livrer au vice en secret, déshonore son uniforme et insulte à son capitaine par son effronterie à faire l'aveu de son iniquité , à s'en glorifier, pourrais-je dire, et à l'étaler au grand jour dans la rue la plus fréquentée de la ville.

— Ciel î ô ciel! monsieur, m écriai-je avec élonnement, qu ai-je donc tait.^

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