‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 21 sur 219 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Le capitaine fixa sur moi des yeux si perçants qu ils me semblèrent me percer de part en part et me clouer à la muraille. — Osez-vous soutenir, monsieur, que vous ne connaissez pas la personne avec qui vous vous promeniez tout à l'heure?

— Je sais seulement, monsieur, qu'elle a été pour moi fort bonne et fort honnête , répondis-je ; alors je lui contai comment elle m'avait adressé la parole et tout ce qui s'en était suivi.

— Et est-il possible, monsieur Simple, que votre niaiserie aille jusque là? Je répondis qu'on me regardait assurément comme le niais le plus fieffé de ma famille. — Je le croirais volontiers, répliqua-t-il d'un ton sec. Il m'expliqua ensuite ce qu'était la femme à qui je donnais le bras , et m'avertit que tout rapport avec elle occasionnerait inévitablement ma ruine et mon déshonneur.

Je versai d'abondantes larmes, car j'étais épouvanté du péril que j'avais couru, et honteux d'avoir baissé dans la bonne opinion du capitaine. Il me demanda de quelle manière j'avais employé le temps depuis mon arrivée à Portsmouth, et je ne lui cachai ni qu'on m'avait grisé, ni que les aspirants m'avaient dit telle ou telle chose sur son compte , ni que je m'étais battu en duel le matin même.

Il écouta toute mon histoire avec beaucoup d'attention, et je crus de temps à autre le voir sourire , quoiqu'il se mordit les lèvres pour ne pas éclater. Quand j'eus fini : — M. Simple , me dit-il , je ne

puis VOUS laisser plus long-temps à terre tant que vous n'aurez pas davantage rexpérience du monde. Je vais charger mon contre-maître de ne pas vous perdre de vue jusqu à ce que vous sovez en sûreté à l)ord de la frégate. Lorsque nous aurons navigué ensemble quelques mois , vous serez alors à même de juger si je mérite la réputation que vos jeunes camarades m'ont faite, dans Tunique intention, je le crois et peux le dire, de s'amuser à vos dépens.

En somme je ne fus pas trop mécontent lorsque T entrevue se termina. Je vis que le capitaine croyait à ma véracité et avait de bien veillantes dispositions à mon égard, quoiqu'il méjugeât un vrai sot. Le contremaitre, d'après ses ordres, m'accompagna au Poteaux-Bleus. J'empaquetai mes bardes, je payai ma note, et un commissionnaire mena ma malle sur une brouette au bas de Sally-Port où la chaloupe attendait.

— Allons, les amis, en route^ et vivement; le capitaine dit qu'il faut que nous menions sans retard ce jeune homme à bord. On lui ôte sa liberté parce qu'il se grise et qu'il court après les demoiselles.

— Je voudrais bien que vous fussiez plus respectueux dans vos remarques, monsieur le contre-mai tre, dis-je avec dépit.

— îMonsieur ! merci , jeune homme, de mettre une anse à mon nom, répliqua-t-il. Mais voyons , jouez comme il faut des rames, les amis.

— lié ! Bill Freeman ! cria une fillette sur la rive.

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