‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 201 sur 219 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

— Tout réquipage de votre chaloupé est-il revenu avec vous, monsieur?

— Non , monsieur ; il y a encore à terre , deux matelots qui...

— Pas un mot de plus , monsieur. Montez au grand mât , et demeurez-y jusqu'à ce que je vous dise de redescendre. S'il n'était pas si trird , je vous renverrais à terre, et vous défendrais de remettre les pieds sur la frégate sans ces deux matelots. Montez, monsieur, et sur-le-champ.

Sans me hasarder à un seul mot de réplique , je montai comme INI. Falcon me l'ordonnîiit. Or , il faisait un froid des plus vifs ! car de fréquentes bouffées soufflaient du sud-est, et il était presque nuit close; en outre, j'étais tellement mouillé qu'il me semblait que le vent me traversait le corps. J'atteignis les traversins de hune , et quand je m'y fus assis je trouvais qu'en mon àme et conscience j'avais fait mon devoir, et que par conséquent ma punition était injuste. Pendant ce temps-là, on avait rangé la chaloupe bord à bord pour la débarrasser, et ce fut une jolie besogne ! Tous les canards et toutes les oies étaient morts , les œufs et les ustensiles de faïence étaient tous cassés , l'épicerie était presque toute fondue; bref, c'était, comme O'Brien l'observa , le plus délicieux mélange du monde. — Quels sont les hommes qui manquent? demanda M. Falcon , encore très irrité , à Swinbuine , le quartier-maitre, lorsqu'il monta à bord.

— Williams et Sweetman, monsieur.

— Deux des meilleurs gabiers , m'a-t-on dit. En vérité c'est déplorable ; il n'y a sur la frégate aucun aspirant à qui je puisse me fier. Le serA'iceva réellement de mal en pire tous les jours , avec les jeunes gens qu'on envoie à bord y devenir ofliciers , et qui croient indigne d'eux de faire leur devoir. Pourquoi ètes-vous revenu si tard, Swinburne }

— Parce que nous avons attendu l'officier des troupes de marine qui était allé à Limehouse voir sa femme ; mais comme la nuit venait et que nous avions beaucoup de gens ivres dans la chaloupe , M. Simple n'a pas voulu attendre plus long-temps.

— M. Simple a eu raison. Je souhaite que M. Harrian se trouve si bien à terre avec sa femme , qu'il y reste tout-à-fait ; car c'est vraiment se moquer du service. Mais, je vous prie, M. Swinburne, pourquoi n'avez-vous pas surveillé vous-même les matelots, lorsque !M. Simple était si négligent? Comment avez-vous pu permettre à ces deux hommes de quitter la chaloupe.^

— Ils n'en sont sortis que sur la demande de l'officier des troupes de marine qui en avait besoin pour rapporter vos provisions, monsieur; s'ils ont échappé à l'intendant , ce n'a été ni la faute de M. Simple ni la mienne. Nous avons attendu au bas du quai pendant plus de deux heuies, sans quoi nous en aurions peidu d'autres ; car que peut faire un pauvre garçon lorsqu'il est chaigé de gens ivres (jui ne

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