‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 204 sur 219 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

Longue conversation avee M. Glousse. — Avantage d'avoir un livre de prières dans sa poche. ■ — • Nous suivons les vents alises. — • Swinburne , le quartier-maître, et les câbles qu'il me file. — Le capitaine tombe malade.

Le jour suivant, le capitaine vint à bord avec des instructions cachetées qu'il avait ordre de n'oinTir qu'à la hauteur d'Ouessant. Dans Taprès-midi, nous levâmes l'ancre à la voile. Il soufflait un bon vent du nord , et la baie de Biscaye était unie comme une glace. Nous sortîmes, nous déployâmes toutes les bonnettes, et nous courûmes à raison de onze milles par heure. Comme je ne pouvais me montrer sur le tillac, je fus mis sur la liste des malades. Le capitaine Savage , qui était fort minutieux , demanda ce que j'avais. — Une inflammation d'œil , répondit le chirurgien. Le capitaine ne fit plus de questions , et j'eus soin de ne pas me trouver sur son passage. Dans la soirée je me promenais sur le gaillard d'avant, et V renouant intimité avec M. Glousse, lecontre-maitre, je le gratifiai d'une narration complète de toutes mes aventures en France. — J'ai long-temps ruminé, M. Simple, me dit-il lorsque j'eus fini , comment un tout jeune homme tel que vous avait pu tenir à tant de fatigue , et je vois maintenant ce que c'est. C'est le sang, M. Simple; rien que le sang. Vous avez du sang noble dans les veines , et il y a autant de différence de la noblesse à la canaille que d'un cheval de course à luie haridelle de charrette.

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— J«' ne puis partager votre opinion, M. Glousse. Les gens du peuple sont tout aussi braves que les gens bien nés. Pjétendriez-vous dire que vous n'êtes pas brave, et que les marins de la frégate ne le sonl pas davantage .^

— jNou, non, M. Simple; mais, comme je vous l'ai déjà observé sur mon compte, ma mère était une femme à qui on ne pouvait se fier ; donc , impossible de préciser qui fut mon père ; elle était fort jolie par-dessus le marché, ce qui pour un moment nivelle toutes les distinctions. Quant aux marins. Dieu le sait , je leur ferais injure si je ne reconnaissais pas qu'ils sont braves comme des lions. Mais il y a deux sortes de bravoures, M. Simple; la bravoure de l'instant, et le courage qui tient bon des semaines de suite. iMe comprenez-vous.^

— Je le crois ; mais je ne suis pas encore de votre avis. Peut-on supporter plus de fatigues que nos marins n'en supportent?

— Bah! bah î M. Simple, c'est qu'ils y sont endurcis de longue date parleur rude manière de vivre; mais si tous les simples matelots étaient de papier mâché comme vous et avaient été aussi délicatement élevés, ils n'auraient certes point passé par où vous l'avez fait. Telle est mon opinion , M. Simple. Le sang , voyez-vous, le sang !

— Je trouve, i\I. Glousse, que vous poussez trop loin vos idées sur ce sujet.

— Non , M. Simple; et je crois, en oujre , que

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