‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 205 sur 219 · CHAPITRE XXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIX

rhommeqiii a plus à perdre qu'un autre se débattra toujours davantage. Par exemple, un simple matelot ne se bat que pour sa propre réputation ; mais lorsqu'on descend d'une longue suite de personnages fameux dans l'bistoire, et qu'il faut soutenir l'honneur d'un écusson d'or ou d'azur , tout parsemé de lions et de licornes , eh bien I ne doit-on pas combattre pour la dignité de tous ses ancêtres, dont les noms seraient déshonorés pour peu qu'on ne se conduisit pas bien.

— Je suis , quant à cette dernière remarque , d'accord avec vous jusqu'à un certain point , M. Glousse.

— Ah ! M. Simple , nous ne connaissons jamais le prix d'une illustre origine quand le ciel nous en favorise; mais c'est quand il nous la refuse, que nous savons l'apprécier. Combien je voudrais être né noble ! Mon Dieu ! combien je le voudrais ! Et M. Glousse frappa du poing sur le tuyau de la cheminée, defaçonà le faire retentir. — Pourtant, M. Simple, reprit-il , après une minute de silence, c'est une grande consolation pour moi d'être débarrassé de la compagnie de ce fou, ÎM. ^luddle, avec ses vingt-six mille et tant d'années , et de cette vieille femme , INI. Dispart, le canonnier. Vous n'imaginez pas combien ces deux hommes me mettaient à la torture ; c'était bète de ma part, mais je ne pouvais en prendre mon parti. Au contraire, les sous-olTicicrs de ce navire paraissent tous des gens respectables et Iran-

quilles, qui connaissent leur devoir et le remplissent sans être trop familiers; la chose que j'abhorre et déteste le plus. Mais, probablement , à votre retour en Angleterre, vous êtes allé voir votre famille.

— Oui , M. Glousse, et même, j'ai passé quelques jours chez mon grand-père, lord Privilège, avec qui vous dites avoir autrefois diné.

— Ahl ah! et comment va le vieux gentilhomme i demanda le contre-maître avec un soupir.

— Fort bien, pour son âge.

— Maintenant, je vous prie, M. Simple, contezmoi la manière dont tout s'est passé ; depuis le moment où les domestiques vous ont reçu sous la porte jusqu à celui de votre départ. Décrivez-moi la maison et toutes les pièces; car j'aime à entendre parler de toutes ces choses, quoique sans doute je doive ne jamais les revoir.

î*our complaire à M. Glousse , j'entrai dans de grands détails, qu'il écouta fort attentivement, jusqu à une heure très avancée de la nuit. Ce ne fut, alors même, qu'avec beaucoup de peine, qu'il me laissa partir et gagner mon hamac.

Le lendemain, arriva un événement assez bizarre. Un des aspirants fut mis de planton sur le grand màt pour avoir quitté le pont avant qu'on l'y eut relevé. Il était redescendu au poste quand on l'envoya chercher, et s'attendant à une punition d'après ce que lui avait dit le contre-maitre , il jeta dans la }K)che de sa jaquette le premier livre sur lecpicl il

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