‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 213 sur 219 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

quittâmes la ca])ine sans échanger une seule parole entre nous. Quand il fut cloué dans le cercueil, l'équipage de sa barge l'emporta sur le lillac et le déposa au milieu du vaisseau sur le caillebottin , en le recouvrant d'un étendard aux couleurs nationales du royaume uni. Les hommes montèrent sur le pont sans attendre le coup de sifflet , et il parut y avoir quelque chose de solennel dans les mouvements de chacun. L'ordre et le recueillement étaient universels par respect pour le défunt. Quand on ordonna aux matelots de descendre dans les différentes chaloupes, à peine les entendit-on exécuter cette manœuvre , tant ils observaient un religieux silence. La barque reçut le cercueil qui fut posé dans les écoutes d'arrière. Les autres chaloupes furent ensuite amenées à l'échelle, et reçurent les officiers,- les soldats de marine et les matelots qui devaient suivre le convoi. Lorsque tout fut prêt, la barge, conduite par les hommes de l'avant , s'éloigna de la frégate; les gens de Téquipage enfonçaient leurs rames dans l'eau sans le moindre bruit , et laissaient de longs intervalles entre les coups ; les autres chaloupes suivirent, et quand elles furent à quelque distance du vaisseau, des coups de canon tirés du côté qui regardait la mer, retentirent de minute en minute sur la surface unie de la baie, tandis que les vergues furent appliquées à bâbord et à tribord, et les cordages relâchés et suspendus en balant, comme pour figurer l'image du chagrin et de la négligence. En même temps ,

une douzaine au plus d hommes qui s'étaient apprêtés d'avance, descendirent le long des flancs de la frégate en divers endroits, et munis qu'ils étaient de couleur et de pinceaux, eurent effacé en quelques minutes toute la large raie blanche qui marquait les nobles contours du vaisseau , le laissant ainsi entièrement noir et comme en grand deuil. Les canons des forts répondirent en ce moment aux nôtres. Les l)âtiments de commerce baissèrent leurs pavillons , et les gens de leurs équipages se tinrent respectueusement debout et le chapeau bas sur les ponts, pendant que le convoi se dirigeait avec lenteur vers le débarcadère. Le cercueil fut porté au lieu de la sépulture par l'équipage de la barge , que suivaient M. Falcon, comme menant le deuil, tous les officiers de la frégate qui n'étaient pas indispensablement retenus à bord, cent matelots marchant deux à deux, et les soldats de marine avec leurs armes renversées. Au cortège se joignirent dès le débarquement les officiers de terre, tandis que leurs troupes bordaient les rues et que les musiques de leurs régiments jouaient une marche funèbre. On lut le service des morts ; on tira plusieurs décharges sur la tombe, et ce fut le cœur navré que nous rentrâmes dans les chaloupes pour regagner le navire.

Il me sembla alors, et jusqu'à un certain point j'avais raison , qu'aussitôt que nous eûmes rendu les derniers devoirs à la dépouille do notre capitaine, nous eûmes aussi oublié notre douleur. Les vergues

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