CHAPITRE V
Londres , je me serais estimée he^ireiise de vous donner une lettre d'introduction auprès des Smith. Ce sont lout-à-fait les sommités de la capitale.
— Mais, ma chère, interrompit ]M. Trotter, n'esti4 pas temps de penser à diner ?
— Oui, je vais y donner mes soins. Nous n'avons aujourd hui que des restes ; m'excuserez-vous , M. Simple ,^ Et alors, après avoir beaucoup minaudé, beaijpoup ri à propos de ses jambes , et m'avoir demandé comme une faveur de fermer les yeux , madame Trotter monta à T échelle.
Comme le lecteur peut désirer savoir quelle espèce de femme c'était à 1 extérieur , je profiterai de cette occasion pour la lui décrire. Elle avait fort jolie tournure, et son visage devait, je crois, avoir été beau à certaine époque de sa vie; à celle où je lui fus présenté , il offrait d'une façon très distincte les ravages du temps ou de la misère. Bref, c'était une beauté qu'on pouvait dire fanée ; sa mise trahissait un assez mauvais goût , et toute sa personne ne semblait pas des plus propres.
— Charmante, madame Trotter, n'est-il pas vrai, M. Simple .^ me dit son époux ; ce que naturellement j'accordai aussitôt. A présent, M. Simple, il y a quelques points sur lesquels il serait mieux de nous entendre pendant que madame Trotter n'est [>as là ; car elle serait blessée que nous parlassions de semblables choses. Nécessairement, le train de vie que nous menons est assez coûteux. Madame Trotter ne
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peut se passer ni de thé , ni de mille autres petites douceurs ; d'autre part , il ne faut pas que je vous entraîne à trop de dépense; j'aimerais mieux mettre de ma poche. Je vous propose, pour le temps que vous mangerez avec nous , de payer seulement une guinée par semaine ; et quant aux frais de première entrée , certes je crois ne pas vous écorcher trop en ne vous demandant qu'une couple de guinées. Avezvous des fonds ?
— Oui, répondis-je, j'ai encore trois guinées et demie.
— F.h bien ! alors , remettez-moi les trois guinées, et gardez le reste comme monnaie de poche. Il vous faut écrire sur-le-champ à vos amis pour qu'on regarnisse votre bourse.
Je lui présentai mon argent, qu'il empocha. — Vous pourrez, continua-t-il , descendre votre malle ici; car madame Trotter, pour peu que je l'en prie, voudra bien, j'en suis sur, non seulement vous la tenir en ordre , mais veiller à ce que vos effets soient convenablement raccommodés. C'est une charmante femme que mon épouse, et qui adore les jeunes gens. Quel âge avez-vous ?
— Quinze ans, répondis-je.
— Pas plus! eh bien, j'en suis charmé; car après un certain âge, madame Trotter est fort sur le quivive. Je vous recommanderai de ne former aucune liaison avec les autres aspirants. Ils m'en veulent beaucoup parce que je refuse de laisser ma femme