‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 27 sur 219 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

manger avec eux, et ils ne font qu'inventer de sottes histoires.

— Je sais à quoi m'en tenir sur ce chapitre , m'écriai-je ; mais là nous fûmes interrompus par madame Trotter , qui descendait , tenant à la main un morceau de bois dans lequel étaient enfilées environ douze petites tranches de bœuf et de porc. Après les avoir posées sur un plat , elle se mit à étendre la nappe et à préparer tout pour le diner.

— M. Simple n'a pourtant que quinze ans , ma chère , dit M. Trotter.

— Bonté divine ! s'écria l'épouse , quelle taille il a pour son âge. Il est tout-à-fait aussi grand que le jeune lord Foutretown, que vous aviez coutume d emmener avec vous dans l'équipage. Connaissezvous lord Foutretown, monsieur Simple?

— Non, madame, repris-je; mais mon grandpère, continuai-je pour leur faire voir que j'étais bien apparenté , mon grand-père lord Privilège le nommait.

— Ah ! lord Privilège est votre grand-père ! Aussi il me semblait que votre physionomie ne m'était pas inconnue. Ne vous rappelez-vous pas lord Privilège, mon cher Trotter, que nous rencontrions chez lady Scamp? allons donc, un vieillard. Il y aurait de l'ingratitude noire à ne pas vous le rappeler, car vous reçûtes un joiu^ de lui une fort belle hanche de venaison.

— Privilège ! parbleu, oui. Eh ! oui , un homme

âs^é, n'est-ce pas? dit M. Trotter en se tournant vers moi.

— Oui, monsieur, répliquai-je , enchanté de me trouver au milieu de gens qui connaissaient ma famille.

— Oh ! alors , M. Simple , dit madame Trotter , puisque nous avons le plaisir de connaître vos parents, je vais vous prendre sous ma protection spéciale, et je vous dorloterai tant que Trotter deviendra jaloux, ajouta-t-elle en riant. Nous n'avons qu'un pauvre diner aujourd'hui; caria pourvoyeuse m'a fait faux bon ; je l'avais particulièrement priée de m'apporter un quart d agneau , mais elle dit qu'il n'y en avait pas au marché. A dire vrai , ce n en est pas encore la saison, mais Trotter aime les morceaux fins. Voyons, mettons-nous à table.

J'éprouvais un assez fort malaise et ne pus rien manger. Notre diner se composait des tranches de bœuf et de porc, des pommes-de-terre, et d'un pouding cuit au four dans un plat de fer-blanc. M. Trotter nous quitta pour aller servir l'eau-de-vie à l'équipage du vaisseau, et revint avec une bouteille de rum.

-^ Avez-vous pris la ration de M. Simple , mon amour? demanda madame Trotter.

— Sans doute , il a dès aujourd'hui droit aux fournitures , puisqu'il est venu à bord avant midi. Buvez-vous des licpieurs fortes, M. Simple?

— Non , merci , répondis-je -, car je me rappelai l'injonction du capitaine.

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