‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 29 sur 219 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

par un bruit semblable à celui de la foudre qui retentissait au- dessus de ma tête; c'était, à ce que j'appris, qu'on ponçait et lavait le tillac. Je me trouvais beaucoup mieux néanmoins, et ne ressentais plus ni maux de cœur ni vertiges. M. Trotter, qui était debout depuis quatre heures, redescendit et envoya un homme de l'équipage me chercher de l'eau. Je me lavai sur ma malle ; puis montai sur le tillac qu'on essuyait alors. Près de la sentinelle qui gardait la porte de la cabine, je rencontrai un des aspirants avec qui j'avais ribotté aux Poteaux-bleus.

— Hé donc, maitre Simple , le vieux Trotter et sa gaupe de femme ont mis le grappin sur vous , à ce qu'on assure, me dit-il. Jerépliquaique je ne savais pas ce qu'il entendait par gaupe, mais que madame Trotter me semblait être une charmante femme. A quoi il partit d'un grand éclat de rire. — Voyons, reprit-il, je vais vous donner un avis : soyez bien sur vos gardes, ou ils vous mettront nu comme un ver. Madame Trotter a-t-elle déjà montré sa jambe?

— Oui, répondis-je , et c'est une fort jolie jambe.

— Ah ! elle recommence ses anciens tours. Vous eussiez beaucoup mieux fait de venir tout de suite manger à notre table. Vous n'êtes pas le premier chardonneret qu'ils ont plumé. Je vous le dis, ajouta-t-il, comme il s'éloignait, gardez la clé de votre malle, c'est là limportant.

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Mais M. Trotter m'avait prévenu que les aspirants me diraient du mal de lui et de son épouse ; je ne fis donc que peu d'attention aux discours qu'on venait de me tenir. Demeuré seul , j'allai au gaillard d'arrière. Tous les matelots travaillaient avec ardeur, et le premier lieutenant cria au chef des canonniers: Maintenant, M. Dispant, si vous êtes prêt, nous culotterons ces canons. Dabord, mes braves, continua-t-il , avançons leur davantage le . . .

J'allais écrire le mot qu'il prononça; je dirai seulement que ce mot désignait la partie que le fond de la culotte recouvre. Comme je n'avais jamais ouï dire qu'un canon portât culotte, j'étais fort curieux de voir ce qu'on allait faire, et je m'approchai le plus possible du premier lieutenant. — Jeune homme, me dit-il , passez-moi cette queue de singe. Je ne vis rien de pareil à une queue de singe , mais j'avais tellement peur que je ramassai la première chose qui me tomba sous les yeux. C'était inie courte barre de fer, qui se trouva précisément l'ustensile en question. Lorsque je la lui donnai, le premier lieutenant me considéra et me dit : — Vous savez donc déjà ce que c'est qu'une queue de singe, hein.* avisez-vous maintenant de faire le nigaud.

Je suis fort heureux, pensai-je, mais si c'est là une queue de singe, c'est une queue bien laide.

Je résolus d'apprendre le nom de chaque chose le plus vite que je pourrais , afin de ne pas être pris en défaut ; j écoutai donc attentivement ce qu'on disait

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