‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 3 sur 219 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

^Tis mon cœvir à la fierté, mais aussi, hélas î à l'irréflexion du jeune taureau aux cornes dorées , iequel se joue et s'exerce les dents avec les fleurs de la guirlande qui indique son futur trépas à tout le monde, hors à hii. Je sentis même, ou crus sentii", quelque peu d'ardein^ helliqueuse, et devant moi passa comme une vision de grandeur future, dont les lueurs lointaines me laissèrent entrevoir un carrosse à quatre chevaux et un service de vaisselle plate. Avant qu'il n'eût été néanmoins possible d'en distinguer tous les détails, le charme se rompit parla réalité d'une douleur physique dont je fus redevable à mon frère aine Tom, qui, recevant de mon père l'ordre de moucher les chandeiles, profita de mon extase pour m'insérer dans l'oreille gauche un morceau du coton delà mèche encore enflammé. Mais comme mon histoire n'est pas des plus courtes , il faut que je n'en raconte pas le commencement trop au long. J'apprendrai donc au lecteur que mon père , qui demeurait dans le nord de l'Angleterre, ne jugea point convenable de commander mon trousseau à la petite ville prés de laquelle nous résidions , mais qu'une quinzaine après la décision que j'ai rapportée, il m'envoya à Londres sur l'impériale de la diligence avec mon meilleur habillement de drap vert-bouteille et six chemises. Dans la crainte d'une erreur , on m'enregistra sur la feuille pour être remis à M. Thomas Handycock, St. -Clement's Lane, n. 14, voiture payée. Ma séparation d'avec ma famille fui

très touchante; ma mère pleura amèrement; car, comme toutes les mères, c'était le plus fielTé niais de tous les enfants dont elle avait gratifié son mari qu'elle aimait le mieux ; mes sœurs pleurèrent parce que ma mère pleurait ; Tom beugla quelques secondes plus fort que tous les autres , parce que mon père venait de le souffleter pour le quatrième carreau qu'il cassait de la semaine; et pendant tout ce temps-là, mon père ne fit que se promener de long en large avec impatience, parce qu'on lempèchait de dîner; car, comme tous les théologiens orthodoxes, il était extrêmement jaloux de l'unique volupté sensuelle permise à son habit.

Je m'arrachai enfin à ce spectacle de larmes et de cris. J'avais moi-même pleuré si abondamment que mes yeux étaient rouges et gonflés au point quon ne m'en vovait presque plus les prunelles , et mes copieuses larmes , humectant la crasse de mon visage, avaient dessiné sur mes joues un aussi grand nombre de veines que sur un marbre de cheminée. Mon mouchoir était tout trempé tant j'avais eu à m'essuyer et les yeux et les narines I Mon frère Tom , av9C une bonté qui honorait son cœur , en voulut changer avec moi. (( Tiens, Pierre, me dit-il avec l'accent d'une fraternelle tendresse , prends le mien , il est aussi sec qu'un os. » Mais mon père ne voulut pas attendre que je mouillasse un second mouchoir; il m'entraîna dans le vestibule, et quand j'y eus serré la main de tous les domestiques, em-

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