‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 31 sur 219 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

m'étonne qu'on ait commis la sottise de les mettre dans votre trousseau , personne aujourd'hui n'en porte à bord d'un navire ; ils ne sont en effet bons qu'à des femmes; que je voie s'ils m'iraient! Elle détourna un peu la chaise , et, non sans éclater de rire tout le temps , mit un de mes bas ; alors, elle refit un demi tour de mon côté, et me montra comme il la chaussait bien. — C'est fort heureux pour vous, M. Simple, que Trotter se soit en allé dans l'entrepont, il est d'une telle jalousie !... Savez- vous le prix de ces bas ? Ils ne vous servent de rien et me vont. Je parlerai à Trotter, et vous me les céderez.

— Je ne veux pas songer à les vendre , répondisje; mais puisqu'ils ne peuventme servir et qu'ils vous chaussent à merveille, acceptez-en, je vous prie, la douzaine de paires. D'abord elle refusa positivement; mais comme je l'en pressais^ elle consentit enfin, et je m'estimai heureux de lui faire ce cadeau, car elle était fort bonne pour moi , et je trouvais avec son mari que c'était une charmante femme.

Nous eûmes ce jour-là du beefsteak et des oignons à dîner, mais je ne pus souffrir l'odeur des oignons. M. Trotter descendit tout maussade , parce que le premier lieutenant s'était permis de le réprimander; il jura qu'il quitterait le service , qu'il n'était resté que pour complaire au capitaine , qui disait aimer mieux se séparer de son bras droit, et qu'il demanderait satisfaction au premier lieutenant aussitôt qu'il aurait obtenu son congé. Lepremier lieutenant.

prëtendait-il, lui avait dit qu'il ne valait pas le prix du sel qu il consommait, et pareille injure ne pouvait se laver qu avec du sang. ^ladame Trotter fit tout son possible pour le calmer, lui rappela qu'il avait la protection de lord ceci et sir Williams cela, lesquels lui feraient rendre justice; mais en vain. Il avalait coup sur coup des verres de grog, et après chaque verre devenait plus furieux; mais madame Trotter, remarquai-je, en buvait aussi beaucoup plus quelle ne m'aurait semblé devoir le faire. A dire vrai, elle m'avertit tout bas qu'elle ne le buvait que pour ne pas le laisser boire à M. Trotter, car autrement il se griserait : je trouvai ce dévouement là superbe, mais ils restèrent attablés si tard, que je m'en allai au lit et les laissai , lépoux buvant toujours et toujours jurant qu'il se vengerait. Je n'avais pas dormi plus de deux ou trois heures quand je fus éveillé par un grand tapage de gens qui se querellaient , et je découvris que M. Trotter , qui était ivre , battait sa femme. Foi t scandalisé quon battit et maltraitât une si charmante personne, je sautai hors de mon hamac pour voir à lui porter secours , mais il faisait complètement noir, ce qui ne les empêchait pas de continuer leur vacarme. Je criai au soldat de marine qui était en faction à la porte de la Sainte-Barbe, audessus, d'apporter sa lanterne ; mais je fus très choqué de lentendre me répondre que je ferais mieux de me recoucher et de les laisser se battre.

Peu après, madame Trotter, qui n'était pas désha-

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