‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 33 sur 219 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

le soldat de garde tenait sa lanterne à l'ouverture de l'écoutille afin d'éclairer l'aspirant et de voir luimême le combat. M. Trotter fut bientôt terrassé; mais soudain son épouse sauta hors du hamac, empoigna l'aspirant par les cheveux , et lui asséna d'affreux coups de poing. La sentinelle jugea alors convenable d'intervenir ; elle appela le maître d'armes, et descendit elle-même au secours de l'aspirant qui se défendait mal contre deux ; mais madame Trotter lui arracha la lanterne des mains, la fit voler en éclats ; cette manœuvre nous plongea tous dans les ténèbres, et je ne vis plus ce qui se passa, mais j'entendis le combat continue j\ Telle était la situation des choses quand le maitre d'armes survint avec sa lumière. L'aspirant remonta dès lors avec la sentinelle , mais M. et madame Trotter restèrent à se battre ensemble. Personne n'eut envie de les séparer, loin de-là : — Laissez-les faire, répéta chacun comme la sentinelle l'avait déjà dit.

Après s'être encore battus quelque temps , ils se retirèrent derrière le rideau. Je suivis alors le conseil de l'aspirant et remontai dans mon hamac que le contre-maitre suspendit de nouveau. J'entendis bientôt M. et madame Trotter verser des pleurs et se couvrir de baisers. — Cruel, cruel, va! disait la femme à travers ses sanglots.

— Ma vie, mon amour, j'étais si jaloux! répliquait le mari.

— Hé! que le diable emporte ta jalousie! repre-

liait réponse; j'aurai demain les deux yeux noirs comme la marmite.

Toutefois après une bonne heure d'embrassades et de récriminations ils s'endormirent. Le matin , avant dt^euner, l'aspirant apprit au premier lieutenant la conduite des époux Trotter ; on m'envoya quérir, et il fallut reconnaître que tout était l'exacte vérité. M. Trotter fut aussi mandé, mais il répondit qu'il était malade et ne pouvait monter sur le pont. Alors le premier lieutenant ordonna au sergent des soldats de marine de le lui amener sans délai. M. Trotter arriva donc i)ientôt, un œil fermé et le visage tout couvert d'égratignures.

— Ne vous avais-je pas ordonné , monsieur , dit l'officier, de conduire ce jeune homme au poste des aspirants? Au lieu de le faire, vous l'avez conduit chez votre gueuse de femme, et lui avez filouté différentes choses. J'exige que vous rendiez immédiatement les trois guinées que vous avez reçues de lui en à-compte sur sa nourriture, et aussi que votre femme rapporte les bas qu'elle lui a escroqués par ses cajoleries.

Mais là j'intervins pour dire au premier lieutenant que les bas avaient été un libre don de ma part, et que, quoique reconnaissant ma bêtise, néanmoins je croyais ne pouvoir en honneur les réclamer.

— Soit , jeune homme , répliqua-t-il , peut-être votre idée est-elle juste; et si vous le souhaitez, je n'exigerai pas de restitution sur ce point; mais ,

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