‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 35 sur 219 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

celui ou ceux qui mont calomnié prés de vous ? jNïais le rôle de délateur me répugna , et comme ils m'avaient tous traités fort amicalement depuis le duel , je résolus de ne dénoncer personne. Aussi répondis-je au capitaine qu'il me semblait ne lui avoir parlé de tout cela qu'en confidence.

— En confidence ! monsieur , s'écria-t-il , qui a jamais entendu parler de confidence entre un capitaine et un aspirant?

— Non, monsieur, répliquai-je , pas entre un capitaineet un aspirant, maisentre deux gentilshommes.

Le premier lieutenant qui se tenait à côté du capitaine , mit sa main devant sa figure pour cacher un sourire. — Ce peut être un niais, monsieur, ohserva-t-il à voix basse au capitaine, maisje puis vous assurer qu'il va joliment droit son chemin.

Le capitaine, après s'être mordu les lèvres, se tourna de nouveau vers les aspirants : — Vous pouvez, messieurs, leur dit-il, remercier monsieur Simple de ce que je ne pousse pas TafFaire plus loin; je crois que vous m'avez ainsi calomnié sans réflexion; mais rappelez-vous qu'une chose dite par plaisanterie ne se répèle que trop souvent au sérieux. J'espère que la conduite de M. Simple portera ses fruits, et que vous cesserez de le prendre pour plastron, car il vous a évité un châtiment sévère.

Lorsque les aspirants furent redescendus ils me serrèrent tous la main, et me dirent que c était d'un Ijon camarade de ne pas avoir dénoncé; mais quant

à la recommandation du capitaine , de ne pins me prendre pour plastron^ comme il avait dit, ils ne s'en souvinrent pas, car ils se remirent aussitôt à rœuvie et ne cessèrent de me jouer des tours que lorsqu'ils virent que je ne me laissais plus attraper.

Il n'y avait pas dix minutes que j'étais au poste avec eux, qu'ils commencèrent leurs remarques sur moi. L'un dit que j'avais l'air d'un vigoureux gaillard, et me demanda si j'aurais la force de dormir un très long espace de temps.

J'eus la naïveté de répondre que je me croyais capable de le faire si lutilité du service l'exigeait , à quoi ils éclatèrent de rire, et je crus avoir dit un bon mot.

— Ah ! c'est que voici Tomklns, reprit l'aspirant, qui vous en remontrerait sur ce chapitre -là; sa science lui vient de son père qui était officier de marine; il peut ronfler quatorze heures de suite sans se retourner dans un hamac , et continuer son somme sur sa malle pendant le reste du jour , excepté le temps des repas.

Mais Tomkins fit le modeste. — H y a des gens, dit-il, pour ise défendre, qui sont très vifs à faire les choses et d'autres très lents. Moi, je suis de ceux-là, et en réalité mes longs sommes ne me reposent pas plus que d'autres qui en font de courts, parce que je dors plus lentement qu eux.

Cette subtile arffiunentation fut néanmoins battue

en brèche d un aveu unanime, car je prouvai que

Page 1