CHAPITRE VII
OU trois fois en montant ici. Il éclata de rire et répliqua qu je n'en aurais plus du tout avant d être redescendu, car il me fallait le lui laisser. — Lui laisser mon pied? m"écriai-je stupéfait en me retournant du côté de l'aspirant; que veut-il dire? — Il veut direquil fautque vous crachiez septschellings. Je comprenais aussi peu qu'avant, et j'ouvrais de gi^ands yeux, quand "SI. Jenkins chargea les autres matelots de lui procurer une demi-<louzaine de renaids pour faire de moi, si je ne m'exécutais pas de bon gré, un aigle qui étendrait les ailes. Je n'eusse jamais deviné ce que tout cela signifiait si l'aspirant, qui riait aux larmes, ne m'eut enfin appris que lusage était de donner aux hommes de l'équipage quelque chose pour boire, la première fois qu'on grimpait aux hunes, et que si je ne leur donnais rien ils allaient m' attacher aux vergues.
Me trouvant ne pas avoir d'argent dans ma poche, je promis de payer ma visite aussitôt que je serais descendu ; mais î»I. Jenkins ne voulut pas se fier à moi. Je me mis en colère et lui demandcii s'il doutait de ma parole. — Pas le moins du monde, réponditil, mais il me faut les sept schellings avant que vous ne descendiez. — Ah I ça , monsieur , m'écriai-je , ignorez-vous à qui vous parlez î Je suis officier et gentilhomme. Savez-vous qui est mon grand père?
— Oui, sans doute, et fort bien.
— Nommez-le donc, monsieur ! dis-je avec courroux.
— One je le nomme ? eh ! parbleu , lord Dieiisait-qiii.
— iSon, vous n'y êtes pas; c'est lord Privilège. J'étais néanmoins fort surpris quil sût que mon grand-père était lord. — Et vous me supposez, continuai-je, capable de forfiiire à l'honneur de ma famille pour sept misérables schellings ?
Ma véhémente apostrophe et la promesse de l'aspirant qui s'engagea à me servir de caution touchèrent M. Jenkins, et il me permit de quitter la hune. Dés que j'eus opéré ma descente, je courus à ma malle et remis les sept schellings à un des deux matelots qui m'avait suivi , après quoi je montai sur le tillac pour minstruire autant que possible dans ma profession. Je questionnai beaucoup les aspirants au sujet des canons, et il firent cercle autour de moi pour me répondre. L'un d'eux me dit qu'on les appelait les dents de la frégate, parce qu'ils cassaient au besoin la mâchoire à rennemi. Un autre se vanta de s'être trouvé à tant d'actions qu'on ne le nommait plus que le mangeur de fer. Je lui demandai comment il avait pu échapper toujors à la mort ; il me répondit s'être fait une règle , au premier bouletde canon qui traversait les flancs du navire, de mettre la tête dans le trou qui en résultait ; car d'après un calcul fait par le professeur Innman, les probabilités étaient de 32,647 et quelques décimales avec, qu'un autre boulet ne passerait pas par le même trou. C'est ce à quoi je n'eusse jamais pensé.