CHAPITRE VIII
tartes. Allez à la femme, payez votre mémoire, et n'en recommencez jamais d'autres.
— Je men garderai certes bien ! mécriai-je ; mais comme je ne pus savoir quels étaient ceux qui m'avaient joué le tour, et qu'il ne me semblait pas juste que la femme perdit son argent , je me lundis prés d'elle, et, après lavoir payée, je résolus de ne jamais avoir décompte avec personne.
Mais mon gousset s'en trouva tout-à-fait vide. Écrivant donc à mon père , je lui exposai toute l'affaire et par suite l'épuisement de mes finances. Mon père, dans sa réponse, prétendit que quels qu'eussent été leurs motifs, mes camarades m'avaient rendu un service d'ami , et que comme j avais perdu mon argent par ma faute je ne devais pas me flatter quil m'envoyât désormais de menus plaisirs; mais ma mère, qui ajouta un post-scriptum à cette lettre, y glissa un billet de cinq livres, et je ne crois pas que ce fût sans la sanction de mon père, quoiqu'il affectât d être fort courroucé de ma désobéissance à ses recommandations. Ce secours opportun me remit à flot. Quel plaisir, quand on est loin, de recevoir une lettre de ses parents , surtout si elle renferme un mandat !
Quelques jours avant, M. Falcon, le premier lieutenant delà frégate, m'ordonna de ceindre mes armes pai-ce que j'allais être de service. Je répondis n'avoir, quoique ce ne fut pas de ma faute, ni poignard ni cbapeau galonné. Après avoir ri de mon histoire,
il m'envoya à terre avec le contre-maitre qui me les acheta , et fit passer le mémoire à mon père. Mon père paya , et même écrivit au premier lieutenant pour le remercier de sa peine. — ^laintenant, monsieur Simple , me dit un matin M. Falcon, il nous faut enlever le lustre du neuf à votre chapeau et à votre poignard ; vous allez descendre dans la chaloupe avec M. 0 Brien, et vous prendrez garde à ce qu'aucun des matelots ne s'échappe et n'aille se griser au cabaret.
C'était la première fois qu'on m'eût jamais chargé d ini service, et je me sentais tout fier d avoir à remplir les fonctions dofticier. Je revêtis mon grand uniforme et fus si tôt prêt, que j'attendis dans le passavant plus d'un quart d'heure, car les matelots qui devaient nous accompagner navaient pas même encore reçu d'ordre. On nous envoyait à l'arsenal de marine chercher divers objets d'approvisionnement. Lorsque nous V arrivâmes, je demeurai stupéfait des piles de bois de construction, des rangées de magasins et des ancres colossales éparses sur le rivage ; c'était un tel tintamarre, et chaque individu semblait si affairé, que j'aurais voulu regarder partout à la fois. Près de l'endroit où la chaloupe aborda , on faisait sortir une vaste frégate de ce qu'on appelk le bassin; je m'intéressai tellement à ce spectacle que j'oubliai tout à fait, je suis fâché de le dire, et les hommes de notre chaloupe et la commission de les surveiller. Ce qui me surprenait le plus était que, bien que les tra-