CHAPITRE VIII
vailleurs parussent être des marins , leur lan(5age difTérait beaucoup de celui auquel il avait fallu m'habituer à bord. Au lieu de jurer et de maudire, tout le monde rivalisait de politesse. — Faites-moi le plaisir de tirer le grelin à tribord , M. Jones. — Dégagez le grelin à tribord, M. Jenkins, s'il vous plait. — Un coup de main , messieurs , un coup de main! — Mes compliments à M. Lompkins, et priez-le de nettoyer le gaillard d'arrière. — Un coup de main, s'il vous plaît, messieurs, un coup de main ! — Allez à M. Simons dans cette cbaloupe-là, et dites-lui d'être assez bon pour l'amarrer plus court, car elle remue trop. Eh bien! qu'y a-t-il , M. Johnson ? — Il y a qu'un de messieurs les aspirants vient de jeter un morceau de fer rouge par l'étambord et de blesser notre officier à l'œil. — Intruisez-en l'inspecteur , M. AViggins; et ayez la complaisance de tirer un peu ce câble. Dites à M. Sinkins, en l'assurant de mon respect, qu'il se rende sur la jetée. — Un coup de main ! un coup de main , messieurs, s'il vous plait !
Je demandai à un spectateur quels étaient ces gens! — Les ouvriers de l'arsenal , me répondit-il; et je pensai en moi-même qu'on ne devait pas avoir plus de peine à dire « s'il vous plait )) que « de par le diable ! )) L'un d'ailleurs résonnait aux oreilles bien plus agréablement que l'autre.
Pendant que je regardais haler la frégate , deux des hommes de notre chaloupe s'esquivèrent , et à
mon retour on ne les voyait déjà plus. La peur me prit,^car je savais avoir négligé mon devoir, et cela, dés la première fois que j'avais été investi d'une responsabilité. J ignorais comment faire. Je traversai et retraversai farsenaf dans tous les sens; je me démenais à perdre haleine , et demandais à toutes les personnes qui se trouvaient sur mon passage si elles n'avaient pas vu mes deux matelots. Presque toutes me disaient avoir vu beaucoup de matelots , mais ne pas connaître exactement les miens; quelques-unes éclataient de rire et m'appelaient un beau merle. Enfin je rencontrai un aspirant qui m'assura avoir remarqué deux hommes correspondant à ma description sur l'impériale dune diligence qui partait pour Londres; et m'engagea à ne pas perdre de temps si je désirais les rattraper. Puis il s'éloigna sans vouloir écouter davantage mes questions. Dans mes courses à travers l'arsenal, j'avisai une bande de vingt ou trente hommes portant des jaquettes et des culottes grises ; et je leur demandai des renseignements ; ils me dirent avoir remarqué deux marins qui se cachaient derrière les piles de bois , m'entourèrent, et parurent animés pour moi des plus obligeantes intentions; malheureusement on les appela pour tirer un cable. J'observai qu'ils avaient tous des numéros à leurs jaquettes et un ou deux brillants anneaux de fer aux jambes. Je ne pus m'empècher, tout pressé que jetais, de leur demander pourquoi ils portaient de tels anneaux. L'un d'eux