‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 43 sur 219 · CHAPITRE Vill · texte numérisé non relu

CHAPITRE Vill

— Comment étes-vous venu de Glasgow ?

— Par le bâtiment à roues , autrement dit à vapeur, qui m'a mené à Londres , où 1 on m'a demandé six pence pour mettre mon bagage à terre; — une misérable valise pas plus grosse que votre chapeau. Je l'aurais bien portée moi-même, mais on ne Ta pas voulu.

— Et une fois arrivé à Londres, oi^i êtes- vous allé?

— Dans ce qu'on appelle Chichester Rents , chez Storm et Mainwaring , gardes-magasins, et il m'a encore fallu payer six pence pour qu'on m'indiquât la route. Je suis resté une demi-heure dans leur comptoir, après quoi ils m'ont mené dans ce qu'on appelle Buli-and-Mouth, et embarqué dans une diligence où ils avaient entièrement acquitté le prix de ma place; néanmoins on n'a fait que me demander de l'argent tout le long de la route. C'est d'abord ce cocher et ce conducteur-ci , ensuite ce cocher et ce conducteur-là; mais je fermais l'oreille, et alors ils grognaient^ me disaient des injures.

— Et quand êtes-vous arrivé ?

— Hier soir, et je n'ai couché qu'une nuit, déjeuné qu'une fois à l'auberge des Poteaux-Bleus ; cependant , aussi vrai que me voilà , ils m'ont écorché de trois schellings six pence. Puis , la gueuse de fille et le paresseux de garçon m'ont dit de ne pas les oublier ; mais je leur ai répondu , comme au

conducteur et au cocher de la diligence, que je n'avais rien pour eux.

— Combien vous reste-t-il donc de vos dix schellings? lui demanda M. Falcon en riant.

— Eh mais ! M. le lieutenant , d'où avez vous su que j'en avais dix? Parbleu! c'est mon oncle de Glasgow. Ma foi ! aussi vrai que me voilà î il ne m'en reste que trois et un penny. Mais il y a ici une odeur qui m'incommode, il faut que je remonte pour prendre l'air.

Dés que M. Mac Foy quitta la chambre aux armes, ce furent de longs éclats de rire. Après avoir demeuré quelques minutes sur le pont, il descendit au poste des aspirants ; mais il s'y disputa , s'y querella avec tout le monde , et fut unanimement déclaré insupportable. Au moins ne l'eùmes-nous pas long-temps à supporter, car il ne voulut obéir à aucun des ordres qu'on lui donna. Le troisième jour, il quitta le vaisseau sans la permission du premier lieutenant ; quand il revint à bord le matin suivant, M. Falcon le mit aux arrêts et sous la surveillance de la sentinelle qui gardait la porte de la cabine. L'après-diner, je descendis par hasard dans le demipont, et je m'aperçus qu'il aiguisait un long coutelas sur la roue de rechange d'un canon. M'approchant, je lui demandai pourquoi il s'occupait à une pareille besogne, et il me répondit avec des yeux qui lançaient des flammes, que c'était pour venger l'affront fait au sang de Mac Foy. Ses regards me di-

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