CHAPITRE IX
Nous allons en poste à la foire de Posldown. — • Conséquence d'avoir dérangé une dame qui déjeunait. — Preuve à mes dépens de raffectiou du pélican. ■ — Feu qui prend tout seul dans les jardins du Ranelagli. — La pâtisserie en concurrence avec le service divin. — Il y a beaucoup d'invités au régal; mais ce ne sont ni les manchots, ni les boiteux ni les borgnes.
Peu de jours après que Mac Foy eut quitté la frégate, nous obtînmes tous du premier lieutenant l'autorisation d'aller à la foire de Postdown, mais il ne voulut permettre qu'aux plus âgés de coucher à terre. Cette partie semblait nous annoncer tant de plaisir, que plusieurs d entre nous se levèrent d'assez bonne heure pour décamper dans la chaloupe qui allait chercher de la viande fraiche.G était véritablement de la folie; il n'y avait ni voitures pour nous conduire à la foire, ni foire même de si grand matin j les boutiques étaient toutes fermées, et les Poteaux- Bleus, qui nous servaient toujours de rendez-vous , étaient à peine ouverts. Nous attendimes dans le café jusqu'à ce que la fille nous en chassât par suite de la poussière qu'elle fit en le balayant , et nous fûmes contraints de nous promener jusqu'à ce qu'elle eut fini et qu'elle eût allumé le feu ; nous commandâmes
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alors à déjeuner, mais combien neussions-nous pas mieux fait de déjeuner commodément à bord et de venir ensuite à terre, vu surtout que nous n'avions pas dargenl à perdre? à moins d être prêt trop tard, il n y a rien au monde de plus ennuyeux que d'être prêt trop tôt. Cependant nous déjeunâmes et nous payâmes la carte ; puis nous sortîmes, et remontant George-Street , nous y trouvâmes toutes sortes de voitures propres à nous mener au champ de la foire. Nous en choisîmes une qu on appelait un Dilly ; je demandai à 1 homme qui la conduisait pourquoi elle portait ce nom, et il répondit que c'était parce qu il ne faisait payer qu'un schelling. 0 Brien , qui après avoir déjeuné à bord était venu nous retrouver , s'écria que cette réponse lui en rappelait une que lui avait faite un de ces commissionnaires qui , à Londres, se tiennent sur toutes les places de fiacre. — Pourquoi , lui avait-il demandé , vous appellet-on des porteurs d eau? — Porteurs d'eau? répondit l'homme, hé ! monsieur, parce que nous ouvrons les portières [ \ . Enfin , après bien des coups de fouet, bien des jurements et bien des éclats de rire, le vieux cheval qui nous traînait, et dont le dos était courbé comme un arc à cause de son immense chargement, atteignit le bas des coteaux de Postdown; nous mimes là pied à terre et montâmes en nous pro-
(1) Les watermen, ou porteurs d'eau, procurent de l'eau aux cochers de fiacre pour abreuver leur» chevaux. C'est donc ici par plnisantcrie que le porteur d'eau répond qu'il s'appelle ainsi parce qu'il ouvre les portières.
menant jusqu'à la foire. C'était réellement un magnifique spectacle; le beau ciel d'azur et les drapeaux de mille couleurs qui flottaient dans toutes les directions, Therbe si verte, les tentes blanches et les baraques, le soleil qui brillait avec tant d'éclat et le pain d'épices qui étalait celui de l'or, la diversité des joujoux et la diversité des bruits , la multitude de monde et la multitude de friandises , des petits garçons si heureux et des maitres des boutiques si polis, les musiciens sur leurs tréteaux et alentour le tumulte et l'empressement des curieux, tout me faisait battre le cœur. Il y avait Richardson avec un paillasse , un arlequin et de si belles femmes vêtues de costumes tout semés de paillettes d'or, dansant des gigues et des walses, et paraissant si gaies ! Il y avait Flint et Gyngell avec des farceurs qui sautaient en l'air, puis indifféremment retombaient sur la tête ou les pieds et exécutaient mille tours d'adresse , par exemple mangeaient du feu et tiraient de leur bouche des aunes de ruban. Il y avait aussi le Cirque Royal dont tous les chevaux étaient rangés en ligne avec des hommes et des femmes qui, debout sur leur dos, agitaient des bannières, tandis que des trompettes sonnaient des fanfares. Et le plus grand géant du monde! et M. Paup, le plus petit nain de l'univers! et une femme naine qui était encore plus petite! et miss Biflhi , qui faisait tout sans bras ni jambes ! C'était encore le cochon savant, le bœuf du comté d'IIcrcford, et cent autres merveilles dont je ne puis