‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 46 sur 219 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

me souvenir. Après nous être promenés une heure ou deux à voir le dehors de chaque chose, nous résokimes d'entrer et de voirie dedans. Nous entrâmes d'abord chez Richardson , et nous y vimes une tragédie sanglante , avec un fantôme et du tonnerre , suivie d'une pantomime où abondaient les grands écarts et les sauts périlleux. Nous allâmes ensuite dans deux ou trois autres endroits, je ne sais plus où ; mais ce que je sais bien est qu'en général le dehors promettait plus que ne tenait le dedans. Sur ces entrefaites, nous sentant faim , nous décidâmes de rendre visite à un restaurateur et de manger un morceau. Les tables étaient rangées autour de la salle, et du milieu s'élevait une estrade parquetée pour la danse. Une foule de dames parées s'y trouvaient déjà, n'attendant plus que des danseurs, et la musique retentissait si joyeuse, que j'avais grande envie de danser ; mais nous étions convenus d'aller voir les bêtes féroces de la ménagerie de M. Poli to , et comme il était alors presque huit heures nous payâmes la carte et nous partîmes. C'était un spectacle fort curieux et qui méritait plus d'attirer les chalands que tout le reste de la foire. Quant à moi , je ne me figurais nullement qu'il existât un si grand nombre d'animaux étrangers. Ils étaient tous solidement enfermés dans des cages de fer , et un vaste chandelier à vingt bras suspendu au centre de la baraque , les éclairait sullisamment , tandis que le gardien s'arrêtait tour à tour devant chacun d'eux

86 PIIÎRRE SIMPLE.

et les excitait avec un grand bâton; en même temps il nous contait leurs histoires qui étaient fort intéressantes; j'en ai retenu quelques-unes. I! y avait le tapir, grand porc à museau long, variété de 1 hyppopotame, qui, au dire du gardien, était un animal amphibie, attendu qu'il ne pouvait vivre sur terre et qu'il mourait dans l'eau ; néanmoins il semblait se porter à merveille dans une cage. Venait ensuite le kangarou avec ses petits qui alongeaient le nez hors de son corps, animal fort étonnant ; au dire du gardien, il mettait bas deux petits d'une portée et les reprenait alors dans son estomac jusqu'à ce qu'ils atteignissent rage de discrétion. Venait ensuite, et celui-là j'ai une bonne raison pour ne pas l'oublier , le pélican du désert avec un large sac sous le gosier, sac dont le gardien se coiffa comme d'un bonnet de nuit ; cet oiseau nourrit sa famille de son propre sang, lorsque le poisson est rare. Venait ensuite, phrase consacrée, l'hyène toujours riant, qui, dans les bois, crie comme un être humain en détresse , et dévore ceux qui viennent à son secours ; déplorable exemple de la dépravation humaine, au dire du gardien. Venait ensuite une bête superbe, le tigre royal de Bengale, âgé seulement de trois ans, qui croissait de dix pouces par année , et ne parvenait jamais à toute sa croissance. Celui que noi\s vîmes avait , au dire du gardien, seize pieds du museau à la queue et dix-sept de la queue au museau ; mais il devait y avoir là quelque erreur. Venaient ensuite un jeune

Page 1