‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 49 sur 219 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

comme à l'ordinaire ; et aussitôt que nous remarquâmes qu'on sortait de l'église, cachant gâteaux et tartes dans nos chapeaux, que nous remîmes alors sur nos tètes, nous courûmes nous placer devant le portail, comme si nous venions de quitter notre galerie et que nous l'eussions attendu. Au lieu néanmoins de sortir par la porte, il arriva par la rue et nous pria de le suivre vers la chaloupe. A ce qu il paraît], il était allé se mettre dans Tarriere-boutique du pâtissier, et là , à travers les rideaux , avait suivi tous nos mouvements. Nous n'eûmes aucun soupçon, et nous pensâmes qu'il était sorti de l'église un peu plus tôt qu'à l'ordinaire. Quand nous rejoignîmes la frégate et que nous y eûmes monté derrière lui en le suivant jusque sur le pont : — Halte, jeunes gens ! nous dit-il. Nous obéîmes. — Tirez un cable ! cela signifiait : Rangez-vous en ligne. Nous obéîmes encore. — Maintenant, M. Dixon, quel était le texte d'aujourd'hui? Com me il nous adressait fort souvent cette demande , un de nous restait toujours dans l'église jusqu'à ce que le ministre eût annoncé le texte de son sermon ; et quand il nous le communiquait en venant nous rejoindre chez le pâtissier, nous le marquions dans nos Bibles pour être prêts à répondre si nous étions interrogés. Dixon tira aussitôt sa Bible où il avait marqué la page et lut les versets. — A merveille ! se récria le premier lieutenant ; il faut convenir, M. Dixon, que vous avez d'excellentes oreilles pour avoir entendu le ministre de la bou-

tique du pâtissier. Maintenant, messieurs, chapeaux bas, s'il vous plait. Nous ôtàmes nos chapeaux, qui, comme il ne l'ignorait pas, étaient pleins de pâtisserie. — Réellement, messieurs, continua-t-il en tâtant les divers sacs de gâteaux et de friandises, je suis enchanté de m'apercevoir que vous ne soyez pas allés pour rien à l'église. 11 est rare qu'on en revienne avec tant de bonnes choses entassées sur le siège de la mémoire. Maître d'armes , envoyez ici tous les mousses du vaisseau.

Les mousses, au bout d'un instant, sortirent par toutes les écoutilles, et M. Falcon les invita à aller s'asseoir sur le rebord des coronnades. Quandils y eurent tous pris place, il nous ordonna de défiler devant eux et de les prier tour-à-tour d'accepter une de nos tartes. Nous fûmes obligés de le faire et de passer ainsi de l'un à l'autre jusqu'à ce que nos chapeaux fussent vides. Ce qui , pour moi, me vexa le plus, j'en conviens, fut le ricanement des mousses tandis que nous les servions comme des laquais , aussi bien que les sarcasmes et la gaîté de tout l'équipage du vaisseau qui formait cercle autour de nous.

Lorsque toute la pâtisserie fut dévorée : — Messieurs, nous dit M. Falcon, maintenant que vous avez eu votre leçon , vous pouvez descendre ; et une fois descendus au poste , nous ne pûmes nous empêcher de rire nous-mêmes ; le premier lieutenant punissait toujours avec bonne humeur, et, d'une

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