CHAPITRE X
dus au beau sexe? Nous délogeâmes tous (lini air fort piteux, et O'Brien jura que la première fois qu'il reviendrait à cette maison il rognerait les ongles de la vieille chatte ; car il prendrait son altesse en queue.
De là nous allâmes à d'autres cabarets , et nous n'y surprimes qu'un ou deux individus; encore parvinrent-ils^ tandis que nous entrions par devant , à s'échapper par les fenêtres ou les portes de derrière. Mais il y avait une boutique à grog qui était le rendez-vous favori des matelots appartenant aux navires de commerce et où ils se retranchaient d'ordinaire quand ils entendaient dire qu'il dût y avoir presse. Nos officiers ne l'ignoraient pas ; aussi , s'étaient-ils montrés indifférents à l'évasion des gaillards que nous avions aperçus jusque-là; car ils savaient que tous iraient à ce lieu et se fieraient à leur nombre pour nous repousser. Comme une heure du matin sonnait alors, ils jugèrent temps de s'y rendre; nous avançâmes sans le moindre bruit; mais les drôles avaient du monde aux aguets , et comme nous tournions le coin de la ruelle , l'alarme fut donnée. J'eus peur un instant qu'ils ne prissent tous la fuite et que nous ne les manquassions; mais, au contraire, ils s'étaient réunis de toutes parts cette nuitlà, et avaient résolu de livrer bataille. Les hommes restèrent dans la maison, mais une avant-garde d'environ trente de leurs femmes nous salua d'une grêle de pierres et de boue. Quelques-uns de nos
marins furent blessés, mais ils ne parurent pas s'apercevoir de Taggression des femmes. Ils avançaient toujours , et furent alors attaqués par elles à coups de poing et d'ongle. JS importe; ils ne faisaient qu'en rire , et se contentaient de repousser à droite et à gauche ces adversaires en jupons. — Poil, paix! disaient-ils à l'une. A l'autre : — Pas de sottises , jMolly ! A une troisième : — Gare, Sukey; nous ne voulons pas emmener ton amant. Tel était leur langage , quoique le sang leur coulât du visage à presque tous, par suite de la furie avec laquelle ces mégères les avaient griffes. Nous tâchions ainsi de nous fraver un chemin au milieu d'elles; mais je courus dès-lors un imminent péril. Une des femmes me prit par le bras et me tira vers elle ; sans un des quartier-maîtres, j'aurais été certainement séparé des miens, mais juste comme elle m'entraînait, il me saisit par la jambe et l'arrêta. — Arrive donc-ici , Peg , cria-t-elle à une autre femme , et aide-moi à emmener ce petit aspirant; je voudrais avoir un poupon à sevrer. Deux coquines vinrent à son secours, m'empoignèrent par l'autre bras, et m'eussent arraché des mains du quartier-maître s'il n'eut aussi crié qu'on vint le secourir; sur quoi deux de nos marins se saisirent de mon autre jambe, et alors on poussa, on tira, on secoua, le tout à mes dépens. Tantôt les femmes gagnaient un ou deux pouces de mon individu , puis les marins les leur reprenaient. Un instant je croyais que tout était fini