‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 60 sur 219 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

qu il m'aimait beaucoup, qu'il m'avait pjis sous sa prolecliou, que, comme preuve de sa tendresse , il ferait pour moi ce qu il ne prendrait pas la peine de faire pour aucun autre aspirant du vaisseau, et, ce qui était un remède souverain contre le mal de mer,

me donnerait une bonne bastonnade. Joignant

alors l'action aux paroles, il me frotta les côtes sans pitié, au point que je me regardais comme mort ; puis, jetant son gourdin pour saisir un bout de corde, il me fustigea jusqu'à ce que je montasse sur le pont comme il me l'ordonnait. Avant qu'il ne me visitât, je ne me fusse jamais imaginé que j'aurais pu lui obéir; mais de manière ou d'autre je parvins à escalader l'échelle qui conduisait au pont, où je m'assis sur les râteliers à boulets et pleurai amèrement. Que n'eussé-je pas donné pour être encore dans la maison paternelle! Ce n'était pas ma faute si j'étais le plus grand berièt de la famille; pourtant, combien j'en étais puni! Et si c'étaient là les preuves d affection d'O'Brien , à quoi devais-je m'attendre de la part des gens qui ne m'affectionnaient pas ! Mais, par degrés, je me remis, et certes je me trouvai beaucoup mieux, et cette nuit là, je dormis d'un profond sommeil. Le matin suivant, O'Brien me vint encore voir : — (( C'est une mauvaise fièvre lente qvie le mal de mer, mon Pierre, et il nous faut vous en débarrasser. » Puis, il m'administra une nouvelle dose du remède de la veille jusqu'à ce que je fusse presque moulu. Si ce fut la crainte du bâton qui m'ôta mon

mal de mer, ou toute autre cause, je n'eu sais rieu; mais toujours est-il que je ne m'en sentis plus après la seconde volée, et que le lendemain à mon réveil je mourais de faim. Je m'habillai en toute hâte avant quO'Brien ne parût , et nous ne nous vîmes qu'à l'heure du déjeuner.

— Pierre , me dit-il , permettez que je vous tàte le pouls.

— Oh 1 non , répondis je, ma santé est tout-à-fait bonne maintenant.

— Tout-à-fait bonne .^ mangeriez-vous du biscuit et du beurre salé.^

— Oui , parbleu î

: — Et un morceau de lard ?

— Oui , rien de plus facile.

— Alors c'est grâce à moi , Pierre , et vous n'avez plus besoin de ma médecine, à moins que le mal ne vous reprenne.

— J'espère qu'il n'en fera rien , car elle n'est pas fort agréable.

— Pas agi'éable ! o Simple, que vous êtes simple! Quand avez-vous jamais entendu parler de remède agréable, à moins qu'on s'en prescrive un soi-même .'* Vous prendriez des gimblettes (i ), je m'imagine, pour la fièvre jaune. Vivez et apprenez, bambim , et remerciez le ciel d'avoir trouvé un ami qui vous aime

(I) Lollipops, dit lo loxle ; pcliles pàlisscries dures el sèches en forme d'uniicaiix. A. M.

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