CHAPITRE XII. I2l
mais affreux à la fin. « Permettez-moi , disait-il par exemple un jour au matelot de service sur le gaillard d'avant, permettez-moi, mon cher, de vous faire observer le plus délicatement du monde, que vous répandez du goudron siu' le pont, monsieur, que ce matin, si je puis m'aventurer à vous en faire l'observation , mon devoir a été de faire nettoyer. Entendezvous, monsieur, vous avez sali un na^i^e de Sa Majesté. Je dois remplir mon devoir, monsieur, et vous négligez le vôtre; attrapez donc ceci et cela , et encore cela, damné vilain fils d'un cuisinier de mer ! ajoutat-il, en rouant l'homme avec sa canne. Puis recommencez , pendart , et je vous extirpe le foie du corps.
— Je me rappelle qu'un autre jour un mousse , qui allait vider à l'avant un seau d'eau sale , passa près du contre-maitre sans mettre la main à son chapeau. — Arrêtez, mon petit mignon, lui dit M. Glousse en déchiffonnant son jabot et en tirant les deux pointes du col de sa chemise, savez-vous, monsieui", quel rang et quelle position j'occupe dans le monde ?
— Oui, contre-maître , répliqua le mousse d'une voix tremblante et les yeux fixés sur la canne.
— Ah! vous le savez; si vous ne l'aviez pas su, j'aurais jugé une petite correction nécessaire pour que vous ne retombassiez pas dans la même erreiu' à l'avenir , mais puisque vous le saviez, oh ! alors , drôle que vous faites, vous n'avez pas d'excuse ; at-
trapez donc ceci, et cela, avorton mal appris, avorton (|iii ne rit qn'à moitié. Je vous demande vraiment pardon, M. Simple, me dit-il, tandis que le mousse poursuivait son chemin €n beuglant; car je me promenais en ce moment avec lui ; mais en vérité le service nous abrutit tous. Il est dur de sacrifier, comme nous le faisons, notre santé, le repos de nos nuits et noire bien-être; mais il Test encore plus que dans ma position l'esponsable , je sois obligé trop souvent de me départir des manières d'un gentilhomme.
Le maître d'équipage était lofficier qui commandait le quart dont je faisais partie. C'était un marin tout rond, élevé dans la marine marchande, dun extérieur peu comme il faut, mais dun caractère excellent , et passionné pour le grog. Il se querellait toujours avec le contre-maître , et prétendait que le service allait de mal en pis , alors que les officiers subalternes mettaient des chemises blanches et portaient des jabots à ces chemises. Mais le contre-maître ne s'inquiétait pas de telles critiques ; il connaissait son devoir, remplissait son devoir, et disait que si le capitaine était content, tout le monde à bord pouvait grommeler jusqu'au lendemain. Quant au maître déquipage, disait-il, l'homme était un bon maiin ; mais, élevé sur un bâtiment de charbonnier , on ne pouvait exiger de lui des façons bien élégantes. Au fait, observait-ii en tirant le col de sa chemise, faites donc une bourse de soie avec Toreille d'une truite ! he maître d'écjuipage était fort bon pour moi et avait