‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 66 sur 219 · CHAPITRE \1I · texte numérisé non relu

CHAPITRE \1I

du diable si j'ai ou si je dois jamais avoir une obole au-delà de ma paie. Gens qui prétendez descendre de liaut, y eut-il jamais au monde famille où Ton soit de plus haut descendu que dans la mienne? Me voici en effet réduit à une paie de vingt-cinq livres par an, outre la perspective dètre un jour mis en demi-solde, lorsque mon bisaïeul faisait de l'Irlande et des habitants de. l'Ile toutce que bon lui semblait. Au surplus, je n'entre, Pierre , dans ces différents détails, que pour vous montrer d'une façon évidente l'excès de ma pénurie, et la force irrésistible du motif qui m'a fait condescendre à entrer au service de Sa Majesté.

Le révérend Mac Grath , chapelain du castel de mon père, m'enseigna les éléments, comme on dit. Je croyais à cette époque ne les connaître que de reste, mais depuis nous avons fait plus ample connaissance. — Terence, me dit mon père un jour, qu'est-ce que vous comptez faire ? — Me mettre à table , bien certainement , répondis-je , car je me mourais de faim. — Soit , mon amour, vous dinerez encore avec nous aujourd'hui , répliqua mon père ; mais dorénavant , il vous faudra faire quelque chose pour gagner à diner ; il n'y a plus céans assez de pitance pour vous nourrir tous. Voulez-vous aller voir la mer .^ — Je vais tout à l'heure me mettre en route pour lui faire une visite , dis-je , car nous ne demeurions (ju'à seize milles irlandais de la côte. Quand j'eus donc achevé mon repas , qui fut court ,

faute de pain et de fricot , je descendis , en me promenant, jusqu'à la Crique, pour voir à quoi ressemblait un navire, et le hasard en offrit à mes yeux un d'assez belle taille ; car là était mouillé un trois -pont avec un pavillon d'amiral à l'avant. — Seriez-vous assez bon , demandais-je à un marin que je rencontrai sur la jetée , pour me dire quel est ce bâtiment? — C'est la Reine-Charlotte, me répondit-il, de cent-vingt canons. Puis, lorsque j'eus examiné les immenses proportions , en le comparant à toutes ces petites bai'ques et à tous ces petits vaisseaux côtiers qui se trouvaient alentour, je demandai naturellement s'il était bien vieux. — Il n'a que trois ans , répliqua le matelot. — Que trois ans ! dis-je en moimême. Navire , mon ami , vous deviendrez beau lorsque vous prendrez de làge, si vous grandissez de cette façon-là ; vous finirez par être aussi grand que le pic de Bencrow. C'est une montagne que nous avons de nos côtés. Vous voyez, Pierre, je n'étais alors qu'un benêt , comme vous n'en êtes qu'un maintenant ; mais , peu à peu , et quand vous aurez eu autant de traverses que moi, vous serez peut-être aussi savant. Je retournai prés de mon père , je lui contai tout ce que j'avais vu, et il me répliqua que si j'en avais le désir, je pourrais être aspirant à bord du fameux vaisseau , avec neuf cents hommes sous mes ordres. Il oublia de me dire combien j'en aurais au-dessus de moi, mais je ne laissai pas que de l'apprendre plus tard. Je consentis, et mon père faisant

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