CHAPITRE \1I
seller son bidet, alla rendre visile au lord -lieutenant de la province , car il jouissait d'une certaine considération auprès de ce personnage. Le lordlieutenant parla à Tamiral , qui se trouvait précisément au palais, et le titre d'aspirant me fut accordé. Mon père me fit assez joliment équiper, disant à tous les fournisseurs que leurs mémoires seraient payés sur le premier argent qui me reviendrait pour mes quarts de prises, et par de telles promesses , par de telles sornettes , obtint crédit pour tout ce dont j'avais besoin.
Enfin tout fut prêt ; le révérend Mac Grath me donna sa bénédiction, et m'assura que si je mourais comme un O'Brien, il dirait une multitude de messes pour le repos demon âme. — Puissiez-vous n'en avoir jamais la peine, monsieur, répliquai-je. — Fi! la peine ? le plaisir, mon cher enfant , reprit-il , car c'était un homme très poli. Je partis donc avec une grosse malle, mais pas tout à fait aussi pleine qu'elle aurait dû l'être; car ma mère dévalisa une moitié de mon trousseau pour mes frères et mes sœurs. — J'espère vous revoir bientôt, mon père, lui dis-je en le quittant. — J'espère que non , mon cher enfant , me répliqua-t-il ; car si vous ne prenez pas le temps de faire fortune , où diable pi'cndrez-vous de quoi vivre? — Après donc beaucoup de déboires, j'arrivai à bord; mais là il fallut me séparer de ma caisse , car je demeurai sur le tillac et elle descendit sous le pont. Il y avait quelque temps que j'étais à
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regarder de tous mes yeux autour de moi , lorsqu'on annonça Tarrivée du capitaine et que les officiers vinrent se mettre en rang pour le recevoir. Je désirais l'examiner à mon aise; je me juchai donc sur un canon pour n'être dérangé par personne. Le contre-maître siffla ^ les soldats de marine présentèrent les armes et les officiers ôtèrent tous leurs chapeaux quand le capitaine parut; puis, les soldats de marine rentrèrent au poste , et chacun se remit à se promener sur le tillac comme auparavant. Pour moi, je trouvai fort drôle d'être à cheval sur un canon, et je restai où j'étais.
— Que faites-vous donc là , petit pendard ? dit le capitaine, quand il m'aperçut. — Moi, répliquai-je, je ne fais rien du tout; mais vous, à quel propos traitez-vous un 0 Brien de pendard ? — Quel est ce garçon? demanda le capitaine au premier lieutenant. M. O'Brien , qui n'est à hord que depuis environ une heure. — Ne savez-vous rien de mieux , reprit le capitaine , en se tournant vers moi , que vous asseoir sur un canon? — Oh ! que si fait, répondis-je, quand il y a quelque chose de meilleur où s'asseoir. — Il ne sait encore rien de rien , monsieur, observa le premier lieutenant. — Alors il faut qu'il apprenne, reprit le capitaine. M. O'Brien, puisqu'il vous a plu de vous percher sur ce canon, vous allez, pour mon plaisir, y demeurer deux heures. Entendez-vous, monsieur, vous caracolerez pendant deuxheures sur ce canon. — J'entends, monsieur, répliquai je;