‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 68 sur 219 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

mais j'ai peur qu'il ne veuille pas bouger sans operon , quoiqu'il ait parfois an Jeu dans le corps. Le capitaine me tourna le dos et éclata de rire en se rendant vers sa cabine ; tous les officiers imitèrent son exemple, et j'en fis moi-même autant, car je ne trouvais pas bien dur de rester assis une heure ou deux , comme je le suis maintenant. Hclas ! je m'aperçus bientôt que , semblable à un jeune ours , toutes mes peines étaient à venir. Le premier mois, je ne cessai d'être en querelle et en bataille avec mes camarades; ils m'appelaient l'Irlandais efflanqué, efflanqué ! Je l'étais , certes , par suite des coups et des volées que m'administraient continuellement ceux qui étaient plus grands et plus forts que moi. Mais rien ne dure toujours ; quand ils virent que je leur rendais taloche pour taloche , ils s'ennuyèrent de ce jeu-là , et me laissèrent tranquille sans se moquer plus longtemps de mon mauvais accent. Bientôt on nous envoya à la rencontre de la flotte Troplenle.

— De quelle flotte me parlez-vous là, 0 Brien? demandais-je.

— De la flotte Troplente , vous dis-je , ainsi appelée , je crois , parce qu'elle ne sortit pas assez vite du port, maudite soit-elle; et nous croisâmes en face du cap See-see, pendant je ne sais combien de mois, sans pouvoir jamais distinguer autre chose des vaisseaux ennemis que le bout des mâts. Mais j'oubliais de vous dire qu'il m' arriva encore une mauvaise affaire avant que nous ne missions à la >oiie. Je me

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trouvais un jour de quart au moment qu'on sifïïa le diner, et comme mes camarades avaient l'indélicatesse de ne pas penser aux amis absents , je pris la liberté de descendre me mettre à table. Mais le capitaine vint à bord , et il n'y eut pas de mousses , pas de cordes , pas d'ofTiciers pour le recevoir. Il monta sur le tillac , écumant de rage , car sa dignité était compromise, et demanda quel était l'aspirant de quart. — M. O'Brien, répondit-on d'une seule voix. — Du diable si cela est, m'écriai-je, j'ai fait le quart du matin. — Et qui vous a relevé, monsieur? répliqua le premier lieutenant. — Pas un chat, monsieur j car ils étaient tous trop occupés de leur porc et de leiu' bœuf. — Pourquoi alors avez-vous laissé le pont sans une âme? — Parce que, si j'y étais resté, monsieur, mon estomac ne s'en serait pas trouvé trop bien. — Voyez-vous ces traversins de hune, monsieur ? me demanda le capitaine qui avait entendu le commencement de l'entretien. — Sont-ce ces petits morceaux de bois là-haut que vous voulez dire, capitaine ? — Oui, monsieur; montez-y sur-lechamp et n'en redescendez que quand il me plaira de vous permettre d'en redescendre. Vous avez besoin qu'on vous ramène au bon sens, jeune homme, sans quoi le navire de Sa Majesté ne vous offrirait pas une belle perspective. — Pour ce qui est de perspective , je crois que je n'en vais pas manquer tout à l'heiuT , répliquai-je ; mais comme il vous plaira , capitaine. Sur ce, je m'en allai, comme je l'ai fait

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