CHAPITRE Xll
kriser, M. Simple. — Oh! alors, pcnsai-je , j'avais deviné juste; il veut boire un coup. Je descendis donc , je réveillai le munitionnaire, et le priai de me donner un verre de grog pour M. Doball. Le munitionnaire se leva en chemise , prépara le grog , me le remit, et je le montai soigneusement au gaillard d'arrière.
Pendant mon absence, le maître d'équipage avait prévenu le capitaine , et conformément à ses ordres, O'Brien était allé prévenir le premier lieutenant; lorsque j'atteignis le haut de l'échelle ils étaient tous deux sur le tillac. Pendant que je montais , j'entendis le maître d'équipage dire : — J'ai envoyé le jeune Simple me chercher mon verre de nuit ; mais il est si long-temps que je suppose qu'il aura fait quelque bé^•ue. 11 est à moitié niais. — Je réclame , s'écria M. Falcon à l'instant où je mettais le pied sur le gaillard d'arrière. Il ne l'est aucunement. — Permis d'en douter. Oh! mais , le voici. Pourquoi avez-vous tant tardé , M. Simple? Oii est mon verre de nuit?
— Je vous l'apporte , monsieur, répondis-je en lui présentant le verre de grog ; j'ai dit au munitionnaire de le préparer fort. Le capitaine et le premier lieutenant éclatèrent de rire , car M. Doball était connu pour aimer passionnément le grog. M. Savage se promena à l'écart pour dissimuler un peu sagaîté; mais M. Falcon resta. M. Doball était furieux. — Ne vous disais-je pas qu'il était à moitié niais? cria-t-il au premier lieutenant. — En tout
cas, répondit M. Falcon, je n'accorde point qu'il se soit montré tel en cette circonstance , car il a envoyé une balle dans le but. M. Falcon rejoignit alors le capitaine , et ils s'éloignèrent tous deux en riant. — Mettez cela sur le cabestan , monsieur, me dit le contre-mai tre d'une voix irritée , et tôt ou tard vous serez puni. Grande était ma surprise, et je ne savais pas au juste si j'avais bien ou mal fait; au reste, pensaije en moi-même , j'ai fait pour le mieux; je mis donc le verre sur le cabestan , et je me promenai de mon côté du tillac. Comme le^capitainc et le premier lieutenant redescendaient chez eux, O'Brien reparut. — Quel est le navire ? lui dis-je.
— Je crois dans toute la sincérité de mon âme que c'est une de vos machines à bain qui gagne la côte d'Angleterre avec des dépèches, répondit-il.
— Une machine à bain ! repris-je. Eh î je pensais qu'on les tirait toutes sur la rive.
— C'est l'usage de Brighton; mais celles-ci sont faites pour rester sur l'eau.
— Et pourquoi?
— Parce qu'elles peuvent toucher le fond, sans doute; et je vous réponds qu'elles ne s'en gênent pas. Mais je ne veux pas me moquer de vous plus longtemps, mon Pierre; je parlais allégoriquement toutà-l'heure, ce qui , je crois, signifie dire un monstrueux mensonge. C'est un brick anglais de dix canons, si je ne me trompe.
Je contai alors à O'Brien l'affaire du verre de nuit