CHAPITRE XlII
— Terence O'Brien, reprit le révérend Mac Grath, c'est Tabsolntion qu'il vous faudra recevoir demain, après tous vos péchés et toutes vos fautes ; mais du diable si je vous la donne; attrapez !
— Révérend ]Mac Grath, répliquai-ja avec colère , vous ne refuserez pas votre absolution , car je ne vous la demanderai pas. Attrapez à votre tour!
— Alors vous perdrez votre part du ciel , car je ne vous y ferai pas entrer , monstre odieux que vous êtes! Attrapez encore.
— Si le ciel ne devait pas être meilleur qu'un hamac d'aspirant, j'aimerais tout aussi bien ne pas en franchir le seuil; maisjem'v faufilerai en dépit de vous. Attrapez , révérend IMac Grath !
— Et qui sauvera votre âme , qui vous ouvrira le paradis, à moins que je ne m'en donne la peine, misérable vaurien? Mais je pourvoirai à votre damnation. Attrapez, Terence O'Brien.
— En ce cas je me ferai protestant et maudirai le pape. Attrapez, révérend Mac Grath!
A cette dernière de mes bordées , mon père et tous mes frères et sœurs poussèrent des cris d'horreur, ma mère fondit en larmes. Le révérend Mac Grath empoigna le vase à Teau bénite , et y enfonçant le petit balai , se mit à asperger la chambre , aspersion qu'il accompagna d'ime prière latine, tandis que tous les autres m'agonisaient d'injures. A la fin, mon père, saisissant l'escabeau sur lequel il était assis, mêle lança à la tète. Je me déraupjeai, et le meuble alla
lôO PIERRE SIMPLE.
heurter le révérend Mac Grath qui en ce momentlà chantait son grimoire en se promenant derrière moi. Le pau^Te homme fut renversé du coup. Je ne me dissimulai pas que tout dès lors était fmi pour moi; je sautai donc par-dessus le révérend, et jenfilai la porte. — Bonsoir à tous, mécriai-je, et puissiez-vous avoir de meilleures manières quand le hasard nous réunira de nouveau ; après quoi, je m'en rcN-ins le plus vite que je pus vers le navire.
Pendant le trajet je fis d'assez tiistes réflexions sur les événements de la joiu^née. Je n'avais pas besoin, pensai-je, de mettre un si maudit achai-nement à obtenir la permission d'aller voir ma famille, et de blesser par là le premier lieutenant. Je fus aussi très fâché des discours que j'avais tenus as chapelain, car ma conscience me reprochait amèrement d'être allé jusqu'à dire quej embrasserais la fei protestante, ce que je n'eus, et n'aurai jamais l'intention de faire; au contraire, je veux vivre et mourir bon catholique, comme tous mes ancêtres l'ont fait avant moi, et comme mes descendants le feront, je 1 espère, degenerations en générations. Donc, j'arrivai à bord, et le premier lieutenant fut très rébarbatif. Je me flattai qu'il s'adoucirait, mais il n'en fit rien, et il continua à me traiter si mai , que je résolus de quitter le vaisseau. Je n'v manquai pas dès que nous mouillâmes dans la baie de Cawsand. Le capitaine accepta ma démission, car je lui comptai le fond de raffaire, et il vit que je disais la vérité. Il me recommanda donc