‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 79 sur 219 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

l'histoire des bottes; il m'adressa diverses questions, trouva quej'y avais répondu la vérité, et me nomma au grade de maître d'équipage en second. Nous fûmes envoyés sur les côtes de l'Amérique du Sud, et les vents alizés nous y retinrent quelque temps. N'importe, car j'aimais beaucoup le capitaine et les officiers, et ce qui valait encore mieux, nous faisions de bonnes prises, IMais d'une manière ou d'une autre, je n'ai jamais eu le bonheur de demeurer long-temps à bord d'un même vaisseau , et ce ne fut pas ma faute, du moins dans cette circonstance-ci. Tout alla aussi bien que possible, jusqu'à ce qu'un jour le capitaine nous menât à terre pour un bal, dans un des plus paisibles districts. Nous passâmes une soirée délicieuse; mais le hasard voulut que j'eusse à faire le quart de diane et à veiller au nettoyage des ponts. Comme je n'ai jamais négligé mon service, je partis vers trois heures du matin , au moment où le jour se levait, pour regagner le navire. Je côtoyais les sables en songeant à une jolie fille avec qui j'avais dansé , et déjà j'étais à moitié chemin, lorsque trois bandits de soldats espagnols sortirent de derrière un rocher et m'attaquèrent avec leurs sabres et leurs baïonnettes. Je n'avais que mon poignard , mais je n'étais pas homme à me laisser éventrer pour rien; je les combattis donc aussi long-temps que je pus. J'achevai un des misérables, mais à la fin ils m'achevèrent, car une baïonnette me traversa le corps, et je ne me souviens pas du reste. Or, il parait, car je ne

puis parler que par supposition , qu'après m'avoir tué , ils me mirent nu comme ver , m'ensevelirent dans le sable, et emportèrent avec eux le cadavre de leur camaïade, j'ai donc été... mort et enterré...

■ — Mais, O'Brien ! m'écriai-je.

— Paix ! retenez votre langue ; vous n'êtes pas encore à la fin. Il y avait une heure que j'étais enterré, mais pas fort profondément, à ce qu'il paraît, car les bandits s'étaient trop dépêchés , lorsqu'un pécheui- et sa fille vinrent à passer le long du rivage en se rendant à leur barque; et la fille, que Dieu la bénisse ! me fit la faveur de me marcher en plein sur le nez. Elle n'avait, jusque-là jamais marché probablement sur un nez d h'iandais , car elle en fut toute surprise, et baissa les yeux pourvoir ce que c'était; mais ne voyant rien, elle tàla de nouveau avec son pied , puis écarta le sable avec ses mains et aperçut ma jolie figure, j'étais tout chaud et je respirais encore, car le sable avait arrêté le sang et empêché qu'il ne coulât jusqu'à la dernière goutte. Le pêcheur me déteiiM , me mit sur son dos et m'emporta à la maison où le capitaine et ses ofliciers dansaient toujours. Lorsqu'il m'introduisit dans la salle du bal , les dames poussèrent des hauts cris , non parce qu'on m'avait assassiné, ce à quoi elles sont accoutumées dans ces pays-là, mais parce que j'étais nu, ce qu'elles regardaient comme une affaire beaucoup plus sérieuse. On me coucha, une barque envoyée à bord ramena notre chirurgien , e( au bout

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