CHAPITRE XIV
lords et des femmes de lords. J'ai diné une fois avec votre gf and-pére.
— C'est plus que je n'ai jamais fait , car jamais il ne m'invita, jamais il ne s'inquiéta de moi.
— Ce que je vous dis est Texacte vérité. Je sais d'hier seulement, et grtàce à M. 0 Brien avec qui je causais , que c'est votre grand-pére ; mais je me le rappelle fort bien, quoique je fusse fort jeune alors. Maintenant, 'SI. Simple, si vous voulez me promettre comme un gentilhomme, et je vous connais pour tel, de ne pas répéter les choses que je vais vous dire, je vous conterai l'histoire de ma vie.
— Aussi vrai que je suis gentilhomme, 1</1. Glousse, je n'en divulguerai rien avant que vous ne soyez mort et enterré , ni même alors pour peu que tel soit votre désir.
Quand je serai mort et enterré , faites ce que bon vous semblera : mon histoire, sans être bien longue, pourra alors servir d'exemple à d'autres gens.
M. Glousse s'assit sur l'extrémité du boute-hors, je pris place à côté de lui, et il commença de la manière suivante.
Mon père fut contre-maître avant moi, et c'était un marin de la vieille roche, c'est-à-dire rude comme un ours et ivrogne comme les musiciens qui raclent
du violon à Gosport. Ma mère était ma mère, et
je n'en dirai pas plus long. jMon père qui avait été ivre toute sa vie, devint, avant l'âge, impropre au service , et mourut peu après. Il y avait alors quel-
ques années que , grâce à la protection de la femme d'un amiral , j'étais entré dans une école gratuite. J'avais treize ans lorsque mon père mourut , et ma mère, ne sachant que faire de moi, souhaitait que je m'embarquasse comme mousse à bord d'un navire de commerce; mais je refusai; puis , après six semaines de disputes à ce sujet, je tranchai la question par un enrôlement volontaire à bord de la frégate le Narcisse. Je crois que les goûts de gentilhomme étaient innés en moi , M. Simple , car je n'ai jamais pu , enfant, me résoudre à l'idée de servir dans la marine marchande. Au bout d'une semaine passée à bord, je fus nommé domestique du munitionnaire, poste dans lequel je fis tellement preuve d'activité et d'intelligence , que le premier lieutenant m'ùta au munitionnaire pour m'attacher à lui; de sorte qu'en l'espace de deux mois j'étais devenu un personnage assez important pour occasionner des tapages dans la chambre aux^ poudres, car le munitionnaire se mit en fureur et beaucoup d'officiers prirent son parti. On répétait à demi-voix que j'étais le fils du premier lieutenant, et qu'il ne l'ignorait pas. Jusqu'à quel point est-ce vrai ? je l'ignore , mais il y avait de la ressemblance entre nous ; et ma mère, qui était une fort jolie femme, avait été , bien des années auparavant, pourvoyeuse d'un navire à bord duquel il servait. Ce sont choses dont je ne puis rien dire, mais ce que je dis, M. Simple, et quoique beaucoup de gens doivent me blâmer d'une telle déclaration , il