‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 90 sur 219 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

de reprendre celui de bourgeois, car ma farce était jouée. Je me couchai donc le soir; et le lendemain, de bonne heure , je descendis dans la mise la plus simple demander au garçon quel était le meilleui moyen pour aller en Ecosse.

— C'est de prendre une chaise de poste à quatre chevaux , milord. A quelle heure la tiendrai-je prête?

— Oh! répondis-je, je ne sais pas encore si je partirai ce matin.

Au même instant survint le maître de l'hôtel avec \eMorning-Post dans la main, et me tirant une profonde révérence, il me montra que parmi les arrivées de divers grands personnages on y annonçait la mienne cliez lui. Je fus fort contrarié, et voyant dèslors combien il m'était diilicile de me débarrasser de mon titre, je brûlai de redevenir Williams Glousse comme naguère. Avant midi débouchèrent dans mon salon trois ou quatre gentilshommes qui, instruits de mon retour par ce maudit Morning- Post, venaient me présenter leurs respects, et avant le soir je fus invité, prié, supplié par une douzaine de personnes. Je vis que je ne pouvais reculer, et je m'abandonnai au torrent, comme je l'avais déjà fait à Gibraltar et à Portsmouth. Pendant trois semaines j'allai partout; et , si j'avais trouvé cette vie-là délicieuse à Portsmouth , combien ne me le parut-elle pas davantage à Londres ! Au fond, cependant, je n'étais pas heureux, M. Simple, parce que je craignais à chaque

minute qu'on ne découvrit le secret de mon imposture. Mais , n'importe ; c'était réellement une belle chose que d'être lord.

Enfin, le dénouement de la comédie arriva. Quelques jeunes gens m'avaient attiré dans une maison de jeu, où ils comptaient me plumer; mais, jx)ur la première nuit, ils me laissèrent gagner prés de trois cents livres. J'étais enchanté d'un pareil début, et j'avais promis de revenir jouer avec eux le soir suivant; mais, pendant que j'étais à déjeuner, les jambes croisées, lisant le Morning-Post, devinez de qui je reçus la visite.^ de mon oncle , qui était aussi , je crois , mon tuteur. Il connaissait trop bien la figure de son neveu pour se prendre à mon piège ; et comme moi je ne le reconnus pas , mon ignorance montra tout de suite que j'étais un imposteur. Vous me permettrez , M. Simple , de passer rapidement sur la scène qui eut alors lieu; la colère de l'oncle, la confusion de riiôtel , les injures des domestiques, l'oflicier.de police, et la manière dont je fus traîné en fiacre au tribunal de Bow-Street. On m'y interrogea, et j'avouai tout. L'oncle fut si charmé d'apprendre que son neveu était véritablement mort , qu'il ne me garda point rancune; et comme d'ailleurs je n'avais pris que le nom du jeune lord , sans tromper personne, excepté riiole de Portsmouth, je fus embarqué au bas de l'escalier de la tour sur une allège qui me conduisit à bord d'un vaisseau de guerre. Quant à met trois cents livres, à mes bardes, et au reste de

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