‹ Pierre Simple (volume 3)Chapitre 94 sur 219 · CHAPITRE XV. 1S · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV. 1S

qu'O Bi'ien, qui déjà avait regagné les embarcations, avec une gi'osse morue sous chaque Ijras, se retournai et vint à mon secours. D abord il ne put s'empêcher de rire , mais à la fin , il força la mâchoire du poisson avec son coutelas, et je retirai mon doigt, hélas î dans un horrible état. Je détachai alors une de mes jarretières, je la nouai à la queue de la raie , et je la tirai jusqu'à notre chaloupe qui était prête à partir. Les hommes des autres barques avaient trouvé impossible de remettre le^ bâtiments à flots sans les déchaii^ger; on y mit donc le feu, conformément aux ordres du capitaine , et avant que nous ne les perdissions de vue , ils étaient déjà consumés jusqu'au niveau des vagues. J'eus le doigt malade pendant trois semaines , et les officiers , qui se moquèrent beaucoup de moi , disaient que j'avais failli demeurer au pouvoir d'une vieille fille.

Continuant notre croisière le long de la côte, nous entrâmes dans la baie d'Arcason, et après y avoir capturé deux ou trois vaisseaux, nous contraignîmes un plus grand nombre à se faire échouer. Là aussi, un exemple vint nous montrer combien il importe que le capitaine d un navire de guerre soit un habile marin et maintienne à bord une discipline assez vigoureuse pour être strictement obéi par tout le monde. J'entendis les officiers déclaier unanimement , le péril une fois passé , que la présence d'esprit montrée par le capitaine Savage avait seule sauvé la frégate et l'équipage. Nous avions chassé

un convoi de bâtiments jusqu'au fond de la baie; le vent souillait avec beaucoup de violence lorsque nous nous retirâmes après les avoir acculés sur le rivage , et le ressac, alors même était si grand , qu'ils devaient infailliblement être brisés en pièces avant de pouvoir se remettre à flot. Nous fûmes obligés de prendre deux ris dès que nous cbangeâmes la direction de notre marcbe , le temps paraissant fort menaçant. Une heure après ^ tout le ciel se couvrit d'un nuage noir qui peu à peu s'abaissa au point de toucher presque le faite de nos mâts; puis une terrible vague , qui semblait s'être soulevée par une sorte de magie, vint donner contre le flanc de la frégate en la chassant vers la côte. A la tombée de la nuit, un affreux ouragan éclata , et le navire courait risque de s'engloutir sous le poids de la toile qu'il nous fallait lui faire porter , car si nous avions été au large nous aurions mis en panne sous les voiles d'étai, au lieu que nous étions obligés de marcher avec vitesse , de marcher à tout risque, pour ne pas être jetés sur le rivage. Les vagues , (juand la frégate les approchait sur le milieu , se brisaient sur elle et les parcouraient du gaillard d'avant à rhabitacle. Quelquefois aussi, quand le navii'e descendait dans l'abîme, c'était avec une telle rapidité que je croyais la violence du choc capable de le •séparer en deux. Outre de doubles bragues qu'on posa sur les canons , ils furent encore assujétis par des palons et par de forts taquets élevés derrière les

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