CHAPITRE XV
nez donc; à quoi songez - vous , quartier- mai lie?
— Le vent nous a pris par Tavant, monsieur, répondit le quartier-maitre avec calme.
Le capitaine et le maître d'équipage demeurèrent prés de Thabitacle à consulter la boussole, et quand les voiles se gonflèrent de nouveau , la frégate avait dévié de deux points , la pointe de terre n'était plus qu'un peu sous le vent.
— Il nous faut virer tout à fait, M. Falcon. Matelots, on vire î Eh bien ! est-on prêt?
— La frégate a regagné ce qu'elle avait perdu , cria le maître d'équipage qui se tenait devant Ihabitacle.
— Tenez-la une minute dans cette position. Comment a-t-elle la proue maintenant?
— Nord-nord-est, comme avant qu elle ne déviât, monsieur.
— ^Ne lâchez pas î au moins, dit le capitaine. Falcon, ajouta-t-il, si elle dévie encore, nous n'aurons peutêtre plus de place pour virer ; même nous en avons déjà si peu que je dois courir le risque. Quel câble a-t-on mis en état la nuit dernière? Est-ce celui de la seconde ancre ?
— Oui, monsieur.
— Descendez alors, et faites-le Litter doublement, faites-le bosser à trente brasses. Qu'on y mette du soin: nos vies sont en danp^er.
La frégate marchait toujours bien, et nous n'étions plus qu'à un demi-raille delà pointe; aussi espérions-
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nous la doubler , lorsque les voiles humides et pesantes battirent de nouveau , et le navire dévia de deux points, comme auparavant. Officiers et matelots, tous pâlirent , car la proue était tournée en droite ligne vers les brisans. — Lofez, et le plus possible, quartier-maitre ! s'écria le capitaine; envoyez sur-le-cbamp du monde à l'arrière. jNIes garçons, ce nest pas le moment de causer ; je vais, puisqu'il n'y a plus de place pour virer vent arrière, tenter la manœuvre opposée. La seule chance que vous ayez de salut, est de conserver votre sang-froid, d'épier mes regards et d'exécuter mes ordres avec précision. A vos postes pour donner vent devant î des bras à la seconde ancre! ^L Wilson, descendez avec le charpentier et ses aides, et qu'ils se tiennent prêts à couper le cable dès que je l'ordonnerai. Silence ici et silence là-bas ! Quartier-maitre , appuyez encore sur la barre pour virer de l'avant, mais lâchez vite la main quand je vous le dirai î Une minute environ s'écoula avant que le capitaine ne donnât de nouveaux ordres. Le bâtiment n'était plus qu'à un quart de mille du rivage , et les vagues , qui alternativement s'élevaient et retombaient autour de nous, lentrainaient vers la côte que bordait une couche d'écume qui s'avançait jusqu'à un demi-càble de nous; de cette distance nous entendions les énormes vagues monter et descendre, avec le fracas de la foudre. Le capitaine fit silencieusement un signe de main au <|uartier-maitre qui tenait la roue , et la barre s'a-