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permît d'aspirer à la main de voire fille; mais le peu de temps que j'ai passé près d'elle;, la crainte de la perdre, la force de mon attachement, pourront sans doute me servir d'excuse.
Le général fit quelques tours dans la chambre et dit à sa fille : — Que dit Céleste?
— Céleste ne fera jamais rien qui puisse déplaire à son père, répondit-elle en se jetant dans ses bras.
Le général embrassa sa fille , et , se tournant vers moi : — Je vous parlerai franchement, monsieur Simple , me dit-il; je ne connais personne à qui j'accorderais la main de ma fille avec plus de plaisir qu'à vous : mais dans une pareille affaire il y a bien des considérations que les jeunes gens sont sujets à oublier. Je ne blâme pas votre attachement, qui paraît être payé de retour ; mais je ne veux ni promesse ni engagement. Il est possible que vous ne vous revoyiez jamais. Céleste est encore bien jeune ; dans aucun cas je ne contraindrai son inclination. De votre côté, vous êtes également libre , si le temps et les circonstances changeaient vos sentiments.
— Je ne puis vous en demander davantage , mon cher monsieur, dis-je au général en lui prenant la main; c'est même plus que je n'avais droit d'espérer. Maintenant je puis partir l'esprit content, et l'espoir d'obtenir un jour la rnain de Ce-
leste me portera à faire de nouveaux efforts pour la mériter. m'j&uuji i .
— Laissons ce sujet; dit le général. — Céleste, nous avons beaucoup de monde à dîner, comme vous le savez , et il est temps de songer à votre toilette. — J'ai invité toutes ces dames à qui vous avez rendu la liberté , mon cher Pierre , leurs maris, leurs pères ; je veux que vous ayez le plaisir de voir combien de gens vous avez rendus heureux. — Maintenant que Céleste est partie , Pierre, je dois vous demander votre parole d'honneur que vous n'exigerez d'elle ni promesses, ni serments. Son attachement pour vous s'est accru d'année en année d'une manière inexplicable, et il n'est déjà que trop enraciné pour le repos de son cœur, si quelque événement venait à vous séparer. Espérons et soyez sûr qu'il faudrait des obstacles insurmontables pour m'empêcher d'accomplir le désir que j'ai de vous voir unis.
Je remerciai le général les larmes aux yeux. H me serra la main pendant que je lui faisais la promesse qu'il désirait, et nous nous séparâmes.
Quel bonheur j'éprouvai quand je rentrai dans ma chambre, et que je m'assis pour lâcher de me calmer et pour réfléchir à tout ce qui venait de se passer. 11 est vrai que l'idée de ma situation présente couvrait mes transports de joie d'un voile sombre; mais le moment d'après je bâtis-
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sais des châteaux en Espagne : je m'imaginais que j'avais découvert la fourberie de mon oncle; que j'étais en possession du titre et des biens de mon aïeul, et que je les mettais aux pieds de Céleste. L'espoir me soutenait encore, et du moins j'avais la consolation de savoir que Céleste répondait à mon effection.
Je m'habillai avec soin, et je descendis dans le salon, où je trouvai toute la compagnie réunie. Je fus accablé de politesses. Les dames engagèrent le général à me garder prisonnier; leur demande me parut fort obligeante , et j'étais presque disposé à l'appuyer.