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II

Il y eut un morne silenced'une minute. Ce fui. Jones^ que les quartiers-maîtres avaient saisi, qui le rompit le premier.

— Pardon, Votre Honneur , dit-il en retournant la tête , mais si je dois être fouetté, je voudrais bien que ce fût tout de suite; car je vaisat- Iraper un rhume de tous les diables, à rester ici nu toute la journée.

C'était une dérision évidente de la part du matelot , et le capitaine sortit de sa rêverie.

— Sergent , dit-il , qu'on mette cet homme et Miller aux fers. Je vois qu'il y a une conspiration à bord du vaisseau; mais je saurai y mettre bientôt fin. Je connais les coupables; et de par le ciel, ils se repentiront de leur conduite. Monsieur Simple, faites préparer ma chaloupe, et souvenez-vous bien que mes ordres exprès sont qu'aucune barque n'aille à terre.

, Le capitaine quitta le brick en me jetant un regard foudroyant; mais j'avais fait mon devoir, et je m'inquiétais peu du reste. Au surplus, j'épiais alors sa conduite avec autant de soin qu'il surveillait la mienne.

— Le capitaine veut être le premier à raconter la chose à sa manière, dit Thompson en venant à moi. Si j'étais de vous, j'aurais soin que la vérité fut connue.

PIERRE SIMPLE. 29i

— Et comment faire? puisqu'il a défendu toute communication avec la terre.

— Envoyez tout simplement un officier à bord de chacune des frégates , pour prévenir que le brick est en révolte , et qu'il faut y avoir l'œil. C'est votre devoir comme officier commandant. Envoyez seulement le message , et je me charge, moi, d'exposer les faits. Songez que si l'on nomme une cour d'enquête, ce qui est très probable, les capitaines de ces frégates en feront certainement partie.

Après un moment de réflexion , je trouvai l'avis bon , et j'envoyai Thompson d'abord à une frégate, puis ensuite à l'autre. Le capitaine vint le lendemain, etilmedemandacommentj'avaisosé lui désobéir. Je lui répondis que ses ordres étaient de ne point communiquer avec la terre, mais que j'avais cru de mon devoir de faire connaître aux autres vaisseaux l'état d'insubordination de l'équipage, afin qu'ilspussent nous prêter main-forte au besoin. Il me regarda fixement, puis il me tourna le dos sans me répondre. Une cour d'enquête fut rassemblée comme nous nous y attendions ; une vingtaine de matelots furent interrogés; mais leurs dépositions furent si franches sur le motif qui avait fait enlever la tête du serpent, que l'amiral et ses officiers conseillèrent fortement au capitaine liawkins de se borner à demander qu'on

changeât de bâtiment quelques esprits mécontents et dangereux, qui étaient sur son bord. L'échange eut lieu, et les capitaines des frégates se partagèrent nos meilleurs matelots. Ils s'ouvrirent à moi avec une entière franchise^ et je fus le premier à les leur indiquer; car j'étais bien aise de les soustraire au pouvoir du capitaine Hawkins ; tout ce qu'il y avait de bon à bord fut marqué comme dangereux, et ils nous donnèrent en retour ce qu'ils avaient de plus détestable. Miller fut envoyé à bord d'une des frégates; il justifia les renseignements que j'avais donnés sur son compte , et deux ans après il fut élevé au rang de contre-maîlre. Plusieurs officiers quittèrent le vaisseau. On peut demander pourquoi je n'en fis pas autant, alors que je connaissais le caractère du capitaine, et l'inimitié qu'il me portait : tout ce que je puis dire , c'est que ce fut ma première idée; mais les remontrances de mes camarades remportèrent : ils me firent sentir que ce serait renoncer à tout espoir d'avancement, et je me décidai à prendre mon mal en patience.

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